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01:16 20 janvier 2016

«Visca Catalunya lliure»?

Madrid va sans doute regretter Artur Mas, le président du gouvernement de la Catalogne qui réclamait depuis 2012 un référendum d’autodétermination, semblable à ceux du Québec et de l’Écosse. Le nationaliste de centre droit a été remplacé par un indépendantiste de gauche «pur et dur».

Carles Puigdemont ne mâche pas ses mots quand il s’agit de «libérer» la région la plus riche d’Espagne. «Visca Catalunya lliure!» (vive la Catalogne libre!), a-t-il lancé lors de son assermentation, le 10 janvier. L’ex-journaliste de 53 ans est convaincu que les «envahisseurs seront chassés de Catalogne».

Cela se fera l’an prochain de manière «civilisée» à l’instar du «divorce de velours» entre Tchèques et Slovaques en 1993. Deux options, jugées inconstitutionnelles par Madrid, sont sur la table : un référendum ou une déclaration unilatérale d’indépendance.

«Les référendums québécois [de 1980 et de 1995] ont été très, très, très suivis en Catalogne», rappelle Cyril Trépier, auteur de Géopolitique de l’indépendantisme en Catalogne, paru le mois dernier. La déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo en 2008, reconnu par une centaine de pays dont le Canada, mais pas par l’Espagne, a également été «extrêmement suivie par les nationalistes catalans. Certains d’ailleurs l’ont vécue sur place», précise-t-il lors d’une entrevue téléphonique réalisée alors qu’il était Paris.

Peu importe les scénarios, les indépendantistes estiment qu’ils ont le «dret a decidir» (le droit de décider) pour les 7,5 millions de Catalans qui réclament davantage d’autonomie, mais pas forcément l’indépendance.

Si le charismatique Artur Mas était un indépendantiste prudent cultivant l’ambiguïté (il parlait davantage de «souveraineté» et d’«autodétermination»), Carles Puigdemont est un homme pressé. Sa nation est sans État. Elle a certes plus de pouvoir que l’Écosse, mais beaucoup moins que le Québec. Pas question pour Madrid d’accepter quoi que ce soit. L’article 2 de la Constitution insiste d’ailleurs sur l’«unité indissoluble de la nation espagnole». Le pouvoir central est convaincu que l’indépendance de la Catalogne n’est pas inéluctable. Peut-être, mais son intransigeance nourrit l’indépendantisme catalan qui s’est réveillé avec le refus de Madrid en 2010 d’accorder un statut spécial, négocié pendant des années, pour donner à la Catalogne davantage d’autonomie.

Un affrontement sans merci se dessine donc. «Il se fera sur le terrain judiciaire, sans rien résoudre sur le fond, mais au moins cela contribuera à éviter la guerre civile. Il n’y a pas de risque de ce côté-là», croit Cyril Trépier.

La guérilla juridique est bien sûr préférable à tout recours à la force. Les 44 millions d’Espagnols ont toujours en mémoire leur guerre fratricide de 1936-1939 qui fit un million de morts.

Reste que l’Espagne tout entière est entrée cette année dans une zone de fortes turbulences. Son premier ministre conservateur, Mariano Rajoy, cherche toujours des partenaires pour former une coalition après avoir perdu la majorité absolue lors des législatives du 20 décembre.

Les indépendantistes, eux, sont majoritaires au Parlement catalan et leur feuille de route est toute tracée pour déclarer une république au nord-est du royaume ibérique. Mais il est écrit dans le ciel que le chemin de l’indépendance sera parsemé d’embûches.