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Métro, boulot, suicide

Certains se jettent du haut d’un viaduc ou par la fenêtre, d’autres choisissent la corde ou le couteau, la majorité prennent des barbituriques : 25 salariés de France Télécom se sont ainsi donné la mort depuis février 2008. Trois mots ressortent dans chaque lettre d’adieu. «Bon à rien.» Que se passe-t-il dans la tête de certains des employés du géant français des télécommunications?

Depuis le début de sa privatisation, en 1996, France Télécom a été restructurée et dégraissée de fond en comble pour mieux passer d’une culture publique ne demandant pas de résultats immédiats à la dure réalité du marché. Les effectifs ont fondu de 160 000 à 102 000 salariés. Ces 3 dernières années, il y a eu 22 000 départs volontaires et seulement 5 000 embauches. Faire plus de chiffres d’affaire avec moins de personnel est un mot d’ordre universel.

Il y aurait actuellement quelque 30 000 employés mis au placard, sans activité réelle. Pas étonnant que certains se sentent dépréciés, inutiles. Surtout les plus vieux. Ayant une identité brisée, ils passent alors à l’acte. La série noire des suicides, le dernier remonte à jeudi dernier, est loin d’être terminée.

Au-delà des drames humains vécus à France Télécom, les suicides au travail sont-ils un phénomène de société? Faut-il faire un lien entre la folle course à la productivité – l’Hexagone, contrairement à la croyance populaire, est l’un des pays les plus productifs du monde – et le taux de suicide au travail? Il n’y a aucune statistique fiable sur la question.

Selon l’Institut National d’Études Démographiques (INED), chaque fois que le taux de chômage grimpe de 1 %, il y a une hausse des suicides de 4 à 5 %. Les sans-emploi en France ne sont pourtant pas plus nombreux qu’en Italie, où le taux de suicide du travail est l’un des plus faibles dans les pays industrialisés.

La forte consommation d’antidépresseurs (la France est la championne du monde pour la consommation de drogues psychotropes) a peut-être des retombées sur les conditions de travail. À moins que ce ne soit le contraire. Plus de 40 % des Français se disent fortement stressés au boulot. Le stress est un sport national, comme les manifs.

Au pays des 5 semaines de congés payés et des 35 heures de travail par semaine, les Français ont malgré tout un rapport passionnel au travail. Ce n’est pas seulement un gagne-pain, comme dans bon nombre de pays anglo-saxons. C’est un mode de vie. C’est là un des nombreux paradoxes du «mal» français.

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