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Le plus profond et le plus haut musée du monde ouvre ses portes en Bolivie

Marie-Soleil Desautels - Métro

Pour se rendre au musée de Potosí, il faut enfiler des bottes de caoutchouc, un manteau et un casque à lampe frontale. Puis, on marche 15 minutes dans un couloir boueux plus noir que la nuit, le même qu’empruntent des mineurs. «Le musée Diego Huallpa est bâti dans une mine du mont Cerro Rico, à 4 205 mè­tres d’altitude et à une profondeur de 440 mètres, détaille Aleida Fajardo, muséologue en charge de la visite. Unique et composé de galeries, il montre l’envergure du travail minier ainsi que sa diversité selon les époques, les rituels et les sexes.»

Le musée s’intéresse aux deux principales sources de revenus de Potosí : l’activité minière et le tourisme, dit Roger Olmedo, responsable du tourisme de cette ville coloniale. Classée patrimoine mondial de l’UNESCO, elle reçoit 80 000 visiteurs par année. «Désiré depuis 25 ans, le musée Diego Huallpa témoigne de notre culture et du joug espagnol», continue le fonctionnaire. En effet, s’il était déjà possible d’y visiter des mines, un musée officiel manquait à Potosí.

De galerie en galerie
La première galerie est dédiée à l’autochtone Diego Huallpa. La légende raconte qu’il a trouvé une veine d’argent dans le Cerro Rico, la «colline riche», en cherchant son lama. Les conquistadors ont ensuite réquisitionné les lieux et fondé Potosí en 1545. Deux milliards d’onces d’argent ont été extraites durant les trois siècles de colonisation. Au XVIe siècle, le site constituait le plus vaste complexe industriel du mon­de. Potosí était alors la ville la plus riche et la plus populeuse des Amériques.

Aujourd’hui, il ne reste que des miettes d’argent. Et Potosí est pauvre. Les mineurs cherchent de l’étain, du zinc, du plomb, du cuivre et du mercure. Huit millions de personnes ont perdu la vie dans le Cerro Rico. On dit que l’argent extrait pour enrichir les coffres de l’Espagne aurait suffi pour construire un pont au-dessus de l’Atlantique, depuis le  sommet du Cerro Rico jusqu’à la péninsule ibérique. Et que le Cerro contient assez d’ossements de mineurs pour en construire un autre. Par exemple, l’argent extrait a financé la flotte  espagnole surnommée Invin­cible Armada, utilisée pour attaquer l’Angleterre en 1588. Il a aussi financé la Renaissance en Espagne.

60 % de silicose
Plus loin, voilà des engins de perforation qui détonnent avec la barre à mine et la dynamite utilisées actuellement pour extraire les minerais. «À l’apogée de la mine, des technologies internationales facilitaient l’extraction. Aujourd’hui, les conditions sont déplorables. Ce retour à l’époque coloniale s’explique par la situation économique et politique du pays», rajoute Aleida Fajardo, estimant à 10 % à peine l’amélioration des conditions de travail.

Selon la valeur des minerais sur le marché, le revenu moyen des mineurs du Cerro Rico est parfois inférieur au salaire minimum mensuel (environ 90 $). Les outils et les méthodes d’extraction ont peu évolué.  Les dangers d’effondrement demeurent. Et l’impureté de l’air hypothèque toujours la santé des mineurs. «Il ne me reste que 40 % de qualité de vie. J’ai les poumons silicosés à 60 %», laisse tomber un mineur de 55 ans à la sortie. Guillermo Cortez inhale depuis 35 ans les poussières de la mine. «C’est ma maison», ajoute-t-il, les yeux rougis de pleurs et la bouche verdie par les feuilles de coca mâchées toute la journée pour soutenir ses efforts et soulager sa faim. Comme pour plusieurs, travailler dans les mines est pour lui la seule source de revenus possible. Il passe 12 heures par jour dans les entrailles du Cerro.

«Le profit des coopératives ou des entreprises prime sur la sécurité des mineurs, ajoute la muséologue. Si un mineur se plaint, il est abandonné. Reste à savoir si c’est entre les mains de Dieu ou celles du diable.» Une fois la visite terminée, à nouveau ce couloir. Emprunté à côté d’hommes voûtés derrière des chariots, qui finissent ou commencent leur quart.

Notre collaboratrice est présentement en Bolivie.

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