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Choisir un bonheur qualitatif plutôt qu’un bonheur quantitatif

Photo: Courtoisie

Par Qu’Alain Commu’nos-terres
Camelot Épicerie Métro Saint-Joseph/16e Avenue et pharmaprix Masson/13e Avenue

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Choisir avec son cœur plutôt qu’avec sa tête est une quête viscérale du bonheur qui pousse la personne à trouver en elle les ressources nécessaires pour se créer une vie ajustée à ses désirs profonds, plutôt que dictée par des notions extérieures de réussite sociale. Ce faisant, elle doit faire preuve de courage et de débrouillardise pour contourner certains paradigmes.

Le rythme de vie actuel ne cesse de s’accélérer et plusieurs gens aspirent à la croissance économique, se sentant obligés de consommer. Les aventuriers du cœur, eux, vont à l’encontre du courant. Leurs efforts sont toutefois récompensés par une forme d’affranchissement économique.

Deux passionnés de la vie et de l’aventure, Xavier, 57 ans, et Tracy Samantha, 28 ans, ont eu le courage de suivre leur cœur. Ils nous racontent le cheminement qui leur a permis de passer du bonheur quantitatif au bonheur qualitatif.

Un homme curieux et ouvert sur le monde
Originaire d’Espagne, Xavier a travaillé pendant une vingtaine d’années en tant que photojournaliste pour différentes publications et agences de presse internationales sur plusieurs continents. Curieux de nature, il a toujours aimé poser des questions aux gens pour apprendre leurs trucs. « Le fait d’avoir vécu dans différents pays, j’ai appris avec les gens à me débrouiller avec peu de moyens, explique Xavier. C’est important d’être ouvert, moi je suis un peu comme une éponge, j’ai soif de connaître. »

Sa carrière de photojournaliste l’a mené dans de nombreux pays en situation d’instabilité, le stress faisait partie du quotidien, les dangers étaient imminents et il carburait à l’intensité. Il dit avoir vu beaucoup d’atrocités et de beauté, mais ce sont les relations humaines qu’il retient avant tout.

Quête de l’équilibre
Pour des raisons familiales, il s’établit Montréal où il poursuit sa carrière et couvre plusieurs événements culturels et politiques. Fatigué par le stress continu, il décide de se réorienter dans le communautaire.  « J’ai découvert que ce qui comptait vraiment pour moi, c’était de travailler avec des gens, et j’ai trouvé dans le monde communautaire un milieu favorable pour m’engager, dit-il. Il y a beaucoup d’organismes communautaires à Montréal. Depuis 12 ans, je travaille dans les cuisines collectives. »

Ses amis sont surpris par son choix. Ils lui demandent pourquoi il a opté pour un revenu moindre, un milieu précaire, sans avantages sociaux. Pour Xavier, ce n’est pas l’argent qui donne un sens à sa vie, mais plutôt le sentiment d’apporter aux autres. Il est particulièrement fier d’avoir développé un programme pour personnes à mobilité réduite.

De plus, il veille constamment à maintenir un équilibre entre le physique et le mental.

« Quand tu vis trop de stress, ta santé physique se détériore, et inversement, quand ton corps est mal nourri et mal traité, c’est la santé mentale qui est menacée, affirme Xavier. C’est un équilibre nécessaire, je le vois chez mes participants; ils sont géniaux et souvent c’est leur santé physique qui les fait souffrir. Je sens que je leur apporte quelque chose de positif par nos rencontres. »

Renoncement et débrouillardise
Pour atteindre l’équilibre, Xavier, tente continuellement de renoncer à l’orgueil qu’il décrit comme l’attachement au « monde d’avant »,  le bonheur quantitatif. Selon lui, l’orgueil incite les gens à critiquer, plutôt qu’à transformer leur réalité pour être mieux dans leur peau.

Pour survivre, il fait preuve de débrouillardise et réussit pleinement à subvenir à ses besoins. Il a renoncé à avoir une voiture, il s’habille dans les friperies. Habile de ses mains, il recycle et rénove les meubles.

« Depuis mon arrivée à Montréal, ma vision a évolué sur les besoins essentiels. Le fait d’être en contact avec les autres me sensibilise aux enjeux de la justice sociale, dit-il. J’ai aussi tendance à être un paquet de nerfs, donc je joue au moins deux heures de guitare chaque matin. La musique me permet de me calmer, de sortir de la performance, et de m’amuser simplement. »

Une aventurière qui rêve d’aider les autres
Aventurière de nature, Tracy s’intéresse à tout ce qui lui tombe sous la main. Depuis toujours, elle rêve d’aider les gens. Aujourd’hui, elle anime des cuisines et des jardins collectifs dans un organisme communautaire d’Anjou et dit avoir enfin trouvé l’équilibre. « Je réalise maintenant que je travaille pour vivre et que je ne vis pas pour mon travail », dit-elle.

Avant d’en arriver là, elle a occupé plusieurs emplois, certains très bien rémunérés, et a beaucoup voyagé, alternant missions humanitaires et travail.

Le cheminement
Née à Montréal d’une mère colombienne et d’un père québécois, elle commence un bac en psychologie même si elle sait que le parcours est long avant de pouvoir exercer le métier de psychologue. Après deux ans de cours, elle fait un voyage de coopération internationale au Pérou qui la transforme.

À son retour, elle se réoriente et tente de trouver sa voie dans divers domaines. Après un certificat en petite enfance, un emploi dans un CPE et des études en travail social, elle se rend compte qu’elle a besoin de bouger et de faire des tâches pratiques, plutôt qu’apprendre des notions théoriques. À travers diverses agences, elle obtient des contrats de travaux manuels et finalement, elle entreprend un DEP en construction.

Dans une volonté de transmettre ses compétences aux plus jeunes, elle occupe pendant un an et demi un emploi bien rémunéré à temps plein dans un Carrefour Jeunesse Emploi. Sa famille l’encourage à conserver ce travail et à gravir les échelons, mais elle le quitte déçue, se sentant menottée par la bureaucratie. Voyageuse dans l’âme, Tracy n’était pas bien dans ce petit bureau sans fenêtre. Aujourd’hui, elle a trouvé l’équilibre qui lui permet d’allier son bagage en intervention sociale et le travail physique. « J’étais en train de devenir folle ! Maintenant je suis dehors à jardiner avec des enfants, des personnes âgées, des adultes et surtout une population magrébine, une clientèle dont je ne connaissais rien. Ma vie est remplie de défis tous les jours, c’est excitant ! »

Elle a diminué son salaire, ses heures de travail et son stress : « Je faisais des 40 heures semaine à 22 $ l’heure, avec le désir de toujours en faire plus. Maintenant, je fais 28 heures à 16 $ puis je suis plus heureuse que lorsque j’avais plus d’argent. »

Qu’en est-il du renoncement ?
Pour Tracy, le concept de renoncement vient d’une idée construite par notre société qui nous martèle qu’en n’achetant pas, nous nous privons de quelque chose. Elle choisit pleinement de vivre à contre-courant. « Quand la majorité des gens autour de moi vont en croissant, moi, je choisis d’aller dans le sens contraire, vers la décroissance », explique-t-elle.

Elle vivait avec son chum dans un 3 ½, ils vivent maintenant dans un 2 ½. Plutôt que d’acheter des vêtements neufs, elle renouvelle sa garde-robe dans des événements de troc comme Troc tes trucs. De plus, elle a réduit de cinq à quatre ses jours de travail par semaine. « Ma cinquième journée est pour faire des échanges à l’Accorderie de Rosemont. Je place un ou deux engagements à toutes les semaines, par exemple, des cours d’espagnol et des ateliers de couture. Je gagne plus dans mes échanges que si j’avais une journée de salaire. »

Pour elle, comme pour Xavier, l’entraînement physique est primordial, pour garder l’équilibre. Elle s’entraîne à la maison, car c’est plus économique : « Je pense tout le temps, j’ai vraiment besoin de décrocher mon cerveau, l’exercice quotidien c’est sacré pour garder mon équilibre mental ».

Refusant désormais de participer aux sorties coûteuses que lui proposent ses amis, elle et son copain économisent leur argent pour s’acheter un terrain et se bâtir une minimaison dans les Laurentides, à Lantier.

L’intelligence du cœur
Xavier et Tracy ont usé de l’intelligence du cœur et se disent plus heureux et plus libres de vivre à petite échelle; ils ont fait un choix libre et assumé. Ne sentant plus le stress financier, ils misent sur leurs réseaux de relations humaines et un mode de vie sans dettes. Ils choisissent ce qui leur convient le mieux en renonçant aux joies éphémères à crédit afin de garder leur liberté.

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Ce texte figure dans l’édition du 15 mai de L’Itinéraire, une édition entièrement conçue par nos camelots!

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