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Quand le lion syrien dévore ses petits

C’est la faute à Voltaire! Voilà plus de deux siècles, le célèbre écrivain et philosophe français avait écrit ceci : en politique, «il y a toujours deux poids et deux mesures». Depuis, l’expression a fait florès. Reprise à toutes les sau­ces, elle colle parfaitement aux drames libyen et syrien. L’Occident intervient d’un côté et croise les bras de l’autre. Pourquoi?

Nul besoin de lire dans le marc de café pour prédire que Bachar el-Assad, contrairement à Mouammar Kadha­fi, continuera en toute quiétude à endiguer dans le sang la vague de révolte qui secoue la Syrie depuis le 15 mars. Fidèle allié de Téhéran, Da­mas sait très bien que toute intervention militaire occidentale sur son sol aura de multiples effets dans la ré­gion la plus explosive du Proche-Orient.

Si El-Assad (le lion en ara­be) mise sur l’«épouvantail iranien» pour mater son peuple épris de liberté, il compte également sur sa «grande amitié» avec les chefs d’État, les princes et les rois arabes. Kadhafi, au contraire, était royalement détesté de tous. La Ligue ara­be ne donnera donc pas son feu vert à des frappes aérien­nes de l’OTAN sur la Syrie.

Le président syrien a un autre atout dans sa manche ensanglantée : Américains, Britanniques, Français et Canadiens sont trop occupés sur le front libyen pour en ouvrir un autre plus à l’est. Il a de plus un «allié» de taille dans la région pour les dissuader de toute aventure militaire : Israël.

L’État hébreu est certes en guerre avec Damas, mais aucun obus syrien ne tombe sur son territoire, malgré l’annexion du plateau du Golan en 1981. Le pays d’El-Assad est même considéré comme le «meilleur ennemi» d’Israël, alors pourquoi ses alliés occidentaux interviendraient-ils, au risque de voir toute la région s’embraser? Quand, en plus, il n’y a pas d’enjeu pétrolier, mieux vaut s’en tenir aux bonnes vieilles déclarations diplomatiques en gesticulant un peu pour se donner bonne conscience, sans même demander le départ d’El-Assad.

Tout cela lui laisse le champ libre pour en finir avec la contestation de son régime hérité en 2000 de son père Hafez qui, en 1982, avait mis fin à l’insurrection dans la ville de Hama en liquidant au moins 20 000 de ses concitoyens. L’histoire est-elle en train de se répéter?

À l’heure des nouvelles technologies, il est difficile de fermer les yeux quand le sang coule à flots. Mais, en relations internationales, la politique du «deux poids, deux me­sures», formule que Voltaire avait reprise de la Bible, vaut souvent mieux qu’un grand saut dans l’inconnu.

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