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Virage vers une nouvelle vie

À l’instar de ce qu’a fait Lars von Trier avec Le direktør, le cinéaste germano-turc Fatih Akin a mis momentanément sa trilogie sur l’amour, la mort et le diable sur la glace pour traiter d’un sujet en apparence plus léger qui lui a permis de tourner définitivement la page sur son passé. Tout cela grâce à Soul Kitchen, une mélancolique et nostalgique Å“uvre de bouffe et de musique sur les déboires d’un chef cuisinier.

«Ce sont mes adieux à mon ancien style de vie : les fêtes,  les discothèques, mon travail de DJ, voler des disques, boire et ramener des femmes à la maison, raconte le metteur en scène qui aura bientôt 37 ans. Tout cela est derrière moi. Je voulais lire davantage, voyager plus souvent, aller au musée, voir plus de films et être un meilleur père.»

Tel un Woody Allen du Vieux Continent, il en a profité pour payer un hommage senti à sa ville natale, Hambourg, qui a beaucoup changé depuis son enfance. «C’est une question d’embourgeoisement, concède l’homme derrière le remarqué The Edge of Heaven. Cela veut dire des changements du quartier, donc des gens, qui se répercute sur la personne et son comportement. Ça me rend triste et en colère de voir le voisinage changer, devenir plus riche et perdre son âme.»

Soul Kitchen (Prix du jury à Venise en 2009) est également une occasion rêvée pour que le réalisateur joue à Quentin Tarantino, offrant au passage une déclaration d’amour au cinéma populaire, ses «références» d’enfant qui a grandi dans les années 1980. L’essai fait presque figure de catharsis pour quel­qu’un habitué à des thématiques d’une rare intensité et il pourrait même ouvrir la voie à une exploration de différents genres cinématographiques, dont les longs métrages d’horreur, d’arts martiaux et de western.

En attendant, Fatih Akin, qui a réalisé un segment de l’Å“uvre chorale New York, I Love You, aimerait bien tourner à Hollywood. Il n’est cependant pas prêt à accepter n’importe quoi. «Je voudrais travailler avec des stars, comme Angelina Jolie ou Kirsten Dunst. Mais tu dois faire de nombreux compromis dans le système hollywoodien. Je préfère rester en Europe et ne pas avoir à en faire.»

Changer le mal de place
entrevue. Reconnu par les cinéphiles pour ses puissants drames qui ont remporté de nombreuses distinctions internationales, Fatih Akin ne voulait pas devenir l’esclave de ses succès. Au lieu de se répéter, il a effectué un virage à 180 degrés… vers la comédie. «Soul Kitchen est le film le plus difficile que j’aie jamais fait, assure le réalisateur. Faire rire dans une comédie, c’est uniquement une question de rythme. Encore aujourd’hui, je regarde le film et je sens qu’il y a toujours place à l’amélioration.»

Soul Kitchen
En salle dès le 30 juillet

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