Les plaies de l’Algérie dans Le repenti
Le réalisateur algérien Merzak Allouache ose montrer une vérité qui fâche dans Le repenti. Un film de colère, tourné dans la rage, qui laisse un goût amer, celui des vérités qui dérangent. Les spectateurs venus voir Le repenti de Merzak Allouache à la Quinzaine des réalisateurs l’an dernier ont applaudi son courage.
Il y a plusieurs années déjà, le réalisateur de Bab El-Oued City a lu un fait divers dans un journal algérien qui a inspiré la trame du film : un jeune djihadiste s’enfuit de la montagne pour rendre les armes et bénéficier de la politique de «Concorde civile», censée permettre aux islamistes repentis de retrouver une vie et mettre fin à la violence qui ravage le pays. Un policier enregistre son dossier et lui propose un marché odieux : faire chanter un couple anéanti par l’enlèvement et le meurtre de son enfant. D’une manipulation à l’autre, le repenti, avec ses grands yeux innocents, n’aura d’autre choix que de sombrer à nouveau.
«Il y a beaucoup de gens qui vivent cette douleur dans le silence, précise Allouache. Avec ce film, je pose des questions sur l’amnésie qui a frappé l’Algérie après des années de violence extrême, ce qu’on appelle la décennie noire, et qui continue aujourd’hui alors que le discours officiel préfère qu’on oublie.»
La preuve, le ministère de la Culture algérien lui a refusé une aide d’ordinaire accordée aux cinéastes, par «une lettre de refus clairement politique où on m’expliquait clairement qu’on n’avait pas envie que je parle de ce genre de situation dans l’Algérie d’aujourd’hui». Bien décidé à montrer que rien n’est apaisé, il a tourné son film en 20 jours, dans des conditions difficiles, avec une petite caméra à l’épaule et de jeunes comédiens saisissants. «C’est un film que j’ai tourné dans la rage, parce que je n’ai pas envie que le silence continue sur ce qu’on a vécu en Algérie et sur ce qu’on continue à vivre.»
Le repenti
En salle vendredi