Le facteur sonne toujours deux fois

Autobus de la ligne 51, direction est. Il est 11 h 15. Tout dépendant du moment du où, au XXe siècle, notre petite histoire personnelle a commencé, nous avons pour la plupart des parents ou grands-parents qui racontent que lorsqu’ils étaient petits, le laitier passait en charrette pour livrer à la porte ses produits,  notamment des pintes de lait en verre.  Lorsque j’entends ça, j’ai l’impression que ce temps est terriblement lointain.

C’est ce même sentiment que j’éprouve cette matinée-là, alors qu’en face de moi un facteur en uniforme, sa besace posée sur le siège d’à côté, trie ses lettres. Bien sûr, nous croisons tous sur la rue des facteurs qui chaque jour perpétuent le rituel du courrier livré quotidiennement. Mais soudainement, assis à quelques pieds de moi, cet homme et le métier qu’il embrasse me semblent aussi anachroniques que la pinte de lait de verre posée sur le palier d’une maison en 1924.

Le fait de le voir ainsi assis dans l’autobus me laisse croire qu’il a peut-être mal aux pieds. Que son travail est exigeant et que depuis l’avènement du courriel et du texto, l’ingratitude s’est jointe au labeur du facteur. On n’attend plus de lettres joyeuses. Ou si peu. Le facteur n’est plus le messager d’un amoureux au loin, d’une cousine qu’on adore et qui vit maintenant à l’étranger. Il est plus que rarissime qu’il glisse dans nos boîtes une enveloppe sur laquelle est tracée une calligraphie qu’on espérait.

La nostalgie est l’ennemie du progrès, soit, mais reste que le texto et les émoticônes remplissent un tout autre mandat. Un «té où? Kess tu fais?» a son charme. L’enveloppe estampillée d’un pays lointain que l’on décachette tout doucement avait le sien. J’entends une petite alarme qui sonne deux fois. Le facteur prend son message et répond aussitôt à son texto. Peut-être est-ce sa femme qui lui demande «Peux-tu rapporter du lait? 🙂 »

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