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Être ou ne pas être… mère

Jennifer Guthrie et Marie-Ève Schaffer - Métro

Avoir ou non des enfants? C’est là la question. En 2008-2009, plus de 45 % des femmes atteignaient la trentaine sans avoir eu d’enfant. Certaines ne font que retarder – délibérément ou involontairement – leur projet de maternité, alors que d’autres ne veulent tout simplement pas enfanter ou adopter. Deux femmes exposent leur point de vue.

Pas pour moi

Lucie Joubert a 52 ans, une vie bien remplie, un travail stimulant, mais pas d’enfant. Pour elle, le choix n’a pas été difficile à faire : le désir d’avoir des enfants ne s’est simplement jamais manifesté. Plaidant pour le droit au libre choix, la professeure de littérature à l’Université d’Ottawa a publié cette année l’essai L’envers du landau.

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas avoir d’enfant?
J’ai l’impression que je n’ai pas choisi de ne pas avoir d’enfant; je n’en ai tout simplement jamais voulu.

Croyez-vous qu’un discours promaternité s’est développé récemment?
Les pressions sont revenues en force. J’ai toujours été féministe, j’ai toujours milité pour le libre choix. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les filles subissent des pressions que je croyais disparues. Ça m’inquiète un peu, ce discours pro-nataliste dans lequel on reprend des vieilles idées comme quoi la fille n’est pas complète si elle n’a pas d’enfant, qu’elle passe à côté de la plus belle chose du monde. C’est peut-être vrai pour certaines, mais il y a aussi des filles qui ne veulent pas d’enfant.

En sachant que vous ne vouliez pas d’enfant, avez-vous dû trouver un autre but, une autre finalité à votre vie?

Je fais un métier que j’adore. Ma vie sociale et affective est très importante. Ma vie professionnelle aussi, mais je ne l’ai jamais considérée comme une compensation. On a toujours l’impression que si une femme ne fait pas d’enfant, elle doit trouver une façon de combler le vide. Pour moi, la question ne s’est jamais posée en ces termes-là.

Sentez-vous que la société vous presse de devenir mère?
À 52 ans, je ressens moins cette pression. Les regards sont plutôt tournés vers les plus jeunes, vers celles qui sont en âge de procréer. Moi, je ne fais plus partie du décor. Plus jeune, j’étais assez sûre de mes choix pour que ma famille ne m’achale pas avec ça. Mais dès que je sortais de mon cercle, les pressions venaient de gens qui ne me connaissaient pas, qui se permettaient de me donner des conseils, de me dire que je le regretterais. J’ai entendu ces commentaires constamment.

Existe-t-il une rivalité entre les mères et les non-mères?

Dans certains milieux, les femmes qui n’ont pas d’enfant sont obligées de couvrir les femmes qui en ont. Une femme dont l’enfant est mala­de va rester à la maison pour s’en occuper, tout le monde comprend ça. Mais le travail doit être fait quand même, et ce sont souvent les femmes qui n’ont pas d’enfant qui vont s’assurer qu’il le soit.

Les mères sont-elles jalouses des femmes sans enfant?
Je ne pense pas qu’il s’agisse de jalousie. Je pense que les parents se disent inconsciemment que ceux qui n’ont pas d’enfant pourraient en faire plus. C’est vrai qu’on a plus de temps libre. Mais plutôt que de voir le fait que je n’ai pas d’enfant comme une occasion de hausser les exigences à mon égard, pourquoi est-ce qu’on ne diminuerait pas celles envers les parents?

Oui, je le veux

entrevue. Marie-Pierre Duval est mère d’un petit garçon de quatre ans. Alors que son fils n’était encore qu’un poupon, elle a commencé à travailler à temps plus que partiel à un projet de documentaire intitulé Bébé ou CV? Celui-ci portait sur la décision difficile des femmes qui choisissent de rester à la maison pour élever leur enfant.

Pourquoi avez-vous décidé d’avoir des enfants?

C’est une expérience de vie et une expérience humaine que j’avais envie de vivre. C’est ce qui m’a motivée.

Qu’est-ce que vous pensez des femmes qui décident de ne pas avoir d’enfant?

Je trouve cela correct. Je ne juge pas ce choix. C’est tellement personnel! Il faut respecter ça. Est-ce qu’on a envie de vivre [l’expérience de la maternité]? Est-ce qu’on se sent capable de le faire? Ça dépend des contextes. Je ne les blâme pas du tout.

Est-ce qu’avoir un enfant, est une finalité pour une femme?
Ce n’est pas une finalité. C’est peut-être parce que le mouvement féministe a été si efficace qu’on peut en parler comme d’un choix de vie plutôt qu’une finalité. On ne peut tellement pas généraliser! Ça dépend d’où on est rendu dans sa vie et de ce qu’on a envie de vivre. On ne peut pas voir ça dans l’absolu. Pour moi, il n’y a pas de choix supérieur à l’autre. On
est libre, et c’est ça qui est beau.

Est-ce que la société fait des pressions pour que les femmes aient des enfants?

Je ne pense pas. Le défi qu’on a comme société, c’est d’arrimer le fait qu’on a des enfants et le fait qu’on travaille également. Le défi est là, beaucoup plus que dans le choix d’en avoir ou de ne pas en avoir. À partir du moment où on en a, est-ce qu’on peut appuyer les gens qui décident d’en avoir eux aussi tout en respectant ceux qui n’en ont pas?

Existe-t-il une rivalité entre les mères et les non-mères?
Ce n’est pas quelque chose que j’ai expérimenté à titre personnel. Je pense que parfois, ça peut se produire à cause de la précarité du travail et du stress. Les organisations de travail ne sont pas habilitées à gérer ces multiples situations, ce qui fait que ça alimente la compétition entre les gens. Je ne dirais pas que c’est une bataille de femmes parce que le raisonnement vaut également pour les personnes qui ont des responsabilités autres à la maison, comme les aidants naturels.

Avez-vous un espoir que la conciliation travail-famille devienne plus facile?
Je l’espère fortement. Un des espoirs, c’est la pénurie de main-d’Å“uvre qui doit se présenter au cours des prochaines années. Cela devrait favoriser les travailleurs. Dans les milieux où il manque de main-d’Å“uvre, les entreprises trouvent de plus en plus de moyens pour faciliter la conciliation travail-famille parce qu’elles ne veulent pas perdre leurs employés. J’ai l’impression que le très haut taux de burnout chez les travailleurs – pas juste chez les parents – va aussi faire en sorte qu’on devra se poser des questions sur la façon dont on gère le travail.

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