12 Years a Slave: départ en force
L’actrice kényane Lupita Nyong’o est déjà acclamée et pressentie pour des prix pour son premier rôle, dans le film 12 Years a Slave.
Lupita Nyong’o n’a pas perdu de temps en commençant sa carrière cinématographique, surprenant tout le monde avec un premier rôle qui attire beaucoup l’attention en tant que la mystérieuse Patsy au regard sauvage dans le 12 Years a Slave de Steve McQueen, une performance qui lui vaut déjà d’être au centre des spéculations concernant la saison des galas. Il y a pires façons de se lancer dans le métier! Métro a discuté avec Nyong’o.
Quand on se voit offrir la possibilité de jouer dans un film comme celui-là, avec un directeur comme Steve McQueen, quelle est la première réaction qu’on a?
(rires) Quand j’ai auditionné pour ce rôle, je venais de graduer de Yale. C’était la première fois que j’avais le droit d’auditionner pour quelque chose de professionnel, et 12 Years a Slave a été la première audition que j’ai enregistrée. C’est après l’audition que ça m’a frappée – Brad Pitt produit ce film, Steve McQueen le réalise… C’était comme si je prenais lentement conscience du fait que c’était quelque chose de majeur, mais ça me semblait aussi complètement improbable que je décroche le rôle.
Comment approchez-vous un rôle aussi intense et viscéral que celui-là?
L’idée, c’est d’être présent. Patsy est décrite dans le scénario comme étant «sensuelle sans effort». Dans le livre, Solomon dit que Patsy a «un air de noblesse dont ni le travail ni le fouet n’arrivent à se débarrasser». Je lisais A Fire Next Time, de James Baldwin, et j’ai trouvé un truc qu’il dit au sujet de la sensualité : «Être sensuel, je crois, est se réjouir de la force de la vie elle-même, et d’être présent dans tout ce qu’on fait, que ce soit aimer ou rompre le pain.» C’est ça, pour moi Patty. C’est ce qui la rend si sensuelle, le fait qu’elle soit si présente. Et elle est présente parce qu’elle a ce maître imprévisible, dont elle ne sait jamais quelle prochaine action il va poser, ce qu’il va lui ordonner, lui infliger. C’était la leçon que j’ai retenue en commençant. Je devais simplement être là. L’humiliation, le cœur brisé, tout ce que j’allais expérimenter allait se révéler tout seul.
Pourquoi pensez-vous qu’il a fallu autant de non-Américains pour offrir un regard aussi honnête sur une partie aussi horrible de l’histoire américaine?
Je ne crois pas que c’était fait exprès, ou que Steve s’est dit : «Je ne veux pas d’Américains dans mon film!» Je ne crois pas que c’était exprès, mais en même temps l’Amérique a été bâtie par les immigrants. Les esclaves afro-américains venaient d’Afrique, leurs propriétaires blancs venaient d’Irlande ou d’Allemagne ou d’Angleterre. Alors de mettre l’accent sur notre non-américanité ne joue pas en faveur ou en défaveur de l’histoire. Pour moi, en tant qu’actrice, mon travail est de dresser le portrait de choses plus grandes que moi, de croire très fort à des circonstances qui ne sont pas les miennes. Autrement, ma carrière sera très courte, je ne pourrai jouer que des femmes de la classe moyenne kenyane! (rires)
Avez-vous senti que votre vie avait changé, ou va changer, avec les réactions que ce film a déjà engendrées?
Dans un sens, oui. Je peux maintenant porter des vêtements vraiment super. (Rires) Mais je dois dire, j’ai une très bonne équipe, qui m’a bien préparée à tout ça, à un rythme raisonnable. Et je suis tellement en bonne compagnie avec les autres acteurs, de qui je peux apprendre pour jouer ce rôle pour lequel je n’ai aucun entraînement. Ils ne nous apprennent pas ces choses à l’école de théâtre.
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Entrevue: Parlons esclavage
Dans un film à la distribution aussi impressionnante et vaste que celle de 12 Years a Slave, Alfre Woodward réussit à se démarquer dans le role de Mistress Shaw, une esclave qui joue à l’épouse avec son maître et qui règne sur sa plantation. Il s’agit là d’un seul des détails révélateurs du dernier effort de Steve McQueen, qui se concentre sur un sujet que plusieurs préféreraient fuir.
Que pensez-vous de l’importance de raconter cette histoire, de faire en sorte que le public américain y soit confronté?
Je crois que c’est un cadeau que Steve offre aux publics nord-américain, caribéen, britannique et européen – parce qu’on tend à oublier que l’échange d’esclaves était triangulaire. Ça n’impliquait pas que quelques personnes dans le Sud. Tout le monde était impliqué, c’était la principale économie de l’époque. L’économie mondiale. C’est une histoire qui fait partie de toutes nos histoires.

«J’étais très consciente que dans des propriétés sur les plantations, quand la maîtresse de maison était décédée ou absente, la concubine prenait le relais. Je ne savais pas, toutefois, qu’une esclave pouvait devenir la maîtresse absolue des lieux.» – Alfre Woodward, à propos de la réalité de son personnage
Pourquoi voyez-vous cela comme un cadeau?
Le cadeau, c’est que je pense que pour la première fois, on peut tous s’imaginer dans cette situation, et je pense que c’est ce qui avait empêché le public américain de vouloir parler d’esclavage, même dans les écoles, d’avoir à y penser de manière personnelle. Tout le monde a une image complètement folle de la chose, parce qu’on n’arrive pas à s’imaginer dans cette situation. Mais ce que Steve fait – et fait souvent – c’est qu’il peint un portrait tellement complet qu’il transcende les époques, il transcende les détails pour faire une réalité. Le film est peuplé de tellement de sortes spécifiques de gens différents qu’on peut forcément finir par s’identifier à l’un d’eux. Ça devient une partie de nous, et c’est quelque chose qui manque vraiment à notre culture.
Ce n’est généralement pas quelque chose dont les gens aiment parler.
C’est un gros morceau de 300 ans de notre histoire fondatrice. On nie cette partie de notre histoire qui nous établit comme étant au pouvoir. On veut profiter des fruits de ce pouvoir, mais c’est comme ça qu’on l’a obtenu, par ces 300 ans à bâtir notre nation de cette manière. Et après, on se demande pourquoi on était une société dysfonctionnelle.
Sarah Paulson sort le fouet
Sarah Paulson explore des zones d’ombre particulièrement violentes dans le brutal 12 Years a Slave, avec son rôle de Mistress Epps, la mesquine épouse du malveillant propriétaire d’une plantation de coton joué par Michael Fassbender. On aurait pourtant cru que «femme de Michael Fassbender» aurait été un contrat alléchant…
Vous n’aviez pas imaginé que ce serait comme ça d’être mariée à Michael Fassbender, n’est-ce pas?
Non, vraiment pas. Les gens me posaient la question quand je leur disais que je jouais sa femme. Avant même que je puisse leur parler du rôle, ils me demandaient : «Attends attends attends. Tu vas pouvoir l’embrasser?» Et je répondais : «Ah, ce n’est malheureusement pas ce genre de film…» Mais d’un point de vue d’actrice, c’est un rôle de rêve.
C’est remarquable de constater que même au sein d’une distribution aussi imposante, vous réussissiez à avoir un impact. Comment avez-vous procédé pour comprendre le personnage?
Je ne voulais pas la juger, même si je crois qu’elle agit de manière horrible et pose des actions inexcusables, sans aucun doute – et je ne voulais pas justifier son comportement. Mais en tant qu’actrice qui tente de trouver une motivation à son personnage, je me suis dit que la sienne était sa terrible peur d’être sur le point de perdre son mari – ou d’avoir perdu son mari – et le respect de son personnel, de sa communauté, tout ça. C’est très embarrassant, surtout pour quelqu’un comme Mistress Epps, qui n’est pas profondément complexe. Je ne veux pas dire qu’elle est stupide, mais qu’elle n’est pas très douée émotionnellement et psychologiquement. Alors, elle fait la seule chose qu’elle sait faire, c’est-à-dire défendre son territoire comme un animal le ferait, je crois.
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Aviez-vous déjà tourné des scènes aussi violentes que celles de ce film?
Non, jamais. Et j’espère que ça n’arrivera plus. Mais c’était très important pour l’histoire que ce soit aussi fort, pour vraiment montrer ce que ces gens ont enduré. La brutalité de tout ça, pour moi, était impérative. Sans elle, on aurait perdu une partie de ce qui rend le film aussi incroyablement authentique.
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12 Years a Slave
En salle dès vendredi