Serrer la vis aux compagnies pharmaceutiques
Un comité de travail sur la pénurie de médicaments demande à Québec et Ottawa de sévir contre les compagnies pharmaceutiques qui n’avisent pas lors d’une diminution ou d’un arrêt de leur production.
Le comité – mis en place par l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPC) – souhaite notamment que Santé Canada impose des amendes si un médicament est en rupture sans préavis. Membre du comité, le Collège des médecins juge cette recommandation essentielle. «Ça va nous permettre de voir venir les pénuries et de prendre les devants», a expliqué son président, Charles Bernard, lors d’une conférence de presse lundi.
La situation est alarmante: entre 2006 et 2010, le nombre de pénuries a quadruplé. Chaque semaine, les pharmaciens qui travaillent dans les hôpitaux doivent se réunir en comité d’urgence pour trouver des solutions. Cette réalité «est préjudiciable pour la santé des Québécois», a dénoncé la présidente de l’OPC, Diane Lamarre.
Le comité propose par ailleurs à Québec de mettre en place une entité centralisée qui surveille l’inventaire des médicaments. Le cabinet du ministre de la Santé, Yves Bolduc, a précisé qu’il «accueille la proposition avec ouverture» et qu’il informera le public de ses intentions au cours des prochains jours.
Outre une recommandation demandant aux pharmaciens de gérer leur approvisionnement de manière responsable, ce sont essentiellement les deux paliers de gouvernement qui ont le pouvoir de mettre en œuvre le document du comité. Par exemple, on suggère de verser des incitatifs aux compagnies qui acceptent de fabriquer des produits en rupture ou moins rentables. «Les médicaments sauvent des vies et il ne faut pas que notre rapport soit tabletté, a plaidé Mme Lamarre. On ne manque pas de Viagra, mais de médicaments essentiels.»
Dans un contexte de vieillissement de la population, la situation est préoccupante pour la Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ). «La pénurie crée un stress important chez la personne, a souligné à Métro le président de la FADOQ, Denis Prud’homme. Dans l’attente du bon médicament, on fait des essais et des erreurs avec d’autres produits.»
Des médicaments avec effets secondaires
La pénurie de médicaments oblige notamment les pharmaciens à conseiller des médicaments qui comportent des effets secondaires à leurs patients. Dans certains cas, le substitut coûterait plus cher au client.
Le président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Normand Bonin, croit que les personnes âgées sont vulnérables à ce genre de changement. «Lorsque que tu es habitué à prendre une pilule bleue, mais qu’on te donne une pilule jaune, ça porte à confusion», a-t-il illustré en marge d’une conférence de presse lundi.
Dans certains cas, un patient se verra remettre jusqu’à 20 médicaments pour obtenir la dose et les effets désirés d’un seul, a ajouté M. Bonin.
Pénurie de médicaments
Les médicaments le plus fréquemment en pénurie:
- Les antidépresseurs
- Les médicaments antidouleur
- Certains médicaments contre le cancer