Quand le succès rime avec les valeurs

Desjardins Josianne - TC Media
Lorsque vient le temps de brasser des affaires, les entreprises d’économie sociale à vocation commerciale doivent tailler leur place et être compétitives, comme toutes les autres entreprises avec lesquelles elles rivalisent. Elles n’ont pas droit à un traitement de faveur dans le milieu.

C’est ce que fait valoir Richard Roussin, directeur adjoint chez Abaco à Anjou, une entreprise d’économie sociale qui se spécialise dans l’étiquetage et l’emballage secondaire de produits pharmaceutiques depuis 25 ans. Elle se différencie des entreprises traditionnelles en réinvestissant principalement ses surplus dans des activités ou dans la communauté, plutôt que de maximiser ses profits.

Abaco compte une centaine d’employés à son actif, dont la majorité présente un handicap physique ou intellectuel. «Notre mission sociale ne nous permet pas d’accéder à plus de parts de marché. Ce n’est pas le premier argument qui va faire qu’on va nous confier des mandats. C’est la qualité de nos produits et les prix compétitifs qui en dépendent », estime-t-il.

Cependant, qu’ils le veuillent ou non, les clients d’Abaco « deviennent un partenaire dans l’accomplissement d’une mission sociale », peut-on lire sur le site web de l’entreprise.

Les employés sont, pour la plupart, référés par des services d’insertion socio-professionnelle. « On essaie de faire abstraction de leurs particularités [aux employés]. Mais il est certain que nous faisons preuve de plus de persévérance à l’entrainement et que nous devons faire des rappels », explique M. Roussin.

Malgré ce processus de recrutement spécifique, Abaco a réussi à s’établir dans le domaine de la sous-traitance. Elle se considère même être « plus proche des grandes entreprises que des organismes à but non-lucratif », selon les dires de M. Roussin.

Au cours des cinq dernières années, Abaco a ouvert une vingtaine de postes supplémentaires pour des personnes handicapées afin de répondre à ses besoins de production.

En plus de se livrer à ses activités commerciales régulières, l’entreprise bénéficie aussi de contrats de réparation inusités. « Il y a beaucoup de manufacturiers qui font affaire avec la Chine et qui ont besoin de faire réparer des erreurs sur des produits », souligne M. Roussin. Autant la Chine peut s’avérer être une menace qu’un allié de façon involontaire dans ce contexte, estime-t-il.

L’an dernier, l’entreprise a bénéficié d’une subvention de 5 000 $ du Centre local de développement (CLD) d’Anjou pour confier la réalisation d’une analyse de marché à une firme de stratégie commerciale. Une étude qu’elle aurait eu du mal à se permettre sans cette aide.

Partenaires financiers

Si certaines entreprises d’économie sociale doivent vivre avec une concurrence féroce propre à leur domaine, d’autres ont une vocation résolument plus communautaire et n’hésite pas à solliciter l’aide d’autres entreprises pour bâtir un projet.

C’est le cas d’Agora Anjou, une récente organisation formée de la Maison des jeunes (MDJ) Le Chemin faisant, d’Opération surveillance Anjou (OSA) et du Regroupement des organismes et des citoyens humanitaires d’Anjou (ROCHA) qui a acheté une nouvelle maison pour tenir ses activités.

Mais pour ce faire, elle a organisé une campagne de financement et a fait appel largement au milieu des affaires. Leur objectif était d’amasser 60 000 $ en trois mois, ce qu’elle est parvenue à atteindre.

« Avec tous les partenaires financiers qui ont collaboré, ç’a crée une dynamique intéressante pour le milieu », soutient Marc La Rochelle, conseiller aux entreprises au CLD d’Anjou, qui a également fourni une aide financière pour ce projet.

En s’alliant, les organismes qui forment Agora Anjou comptent d’ailleurs embaucher deux employés supplémentaires au cours des deux prochaines années.

Les 13 entreprises d’économie sociale à Anjou

À vocation commerciale:

-Abaco

-Détail Formation

-Éditions Saint-Martin

-Le Sextant

À vocation communautaire:

-Agora Anjou

-Popote roulante d’Anjou

-Carrefour solidarité Anjou

À vocation éducative:

-CPE Bouton éclair

-CPE Aux petits soins (deux pavillons)

-CPE Bille de verre

-CPE des Roseraies

-CPE Les p’tits cœurs

*En 2011, le CPE Bouton éclair a également profité d’une subvention du CLD d’Anjou pour construire de nouveaux locaux et ainsi, offrir ses services de garde à de nouveaux enfants.

Montréal compte plus de 950 entreprises d’économie sociale sur son territoire, selon le répertoire du Comité d’économie sociale de l’île de Montréal.

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