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Députée, « retourne dans ta cuisine »!

« Retourne dans ta cuisine! », « ferme-toi! » et des remarques sur sa tenue vestimentaire, la députée de la Pointe-de-l’Île, Ève Péclet, en entend de toutes les couleurs à la Chambre des communes. Elle n’est pas la seule à être victime de ces railleries.

« Si dix personnes crient en même temps, le président va les ramener à l’ordre, mais, si c’est une ou deux personnes, il va seulement [leur signifier de se taire] », explique Mme Péclet. Pour contourner le décorum, certains députés se livrent à un petit manège en émettant, tour à tour, des commentaires sexistes.

Cette situation n’aurait rien à voir avec des plaisanteries entre collègues. « Quand les commentaires sont systématiques, ce n’est plus drôle », soutient Mme Péclet.

Selon la députée, ces remarques viendraient surtout de députés conservateurs puisque, dans le gouvernement majoritaire, les affrontements se produisent principalement entre le parti au pouvoir et celui de l’opposition. Mme Péclet croit néanmoins que « les libéraux sont aussi machos que les conservateurs. »

La députée fédérale d’Hochelaga, Marjolaine Boutin-Sweet, lui donne raison. Elle aussi a été victime de commentaires sur son apparence physique. Les députées ne s’étonnent pas de cette attitude. Selon elles, c’est le jupon de l’idéologie des conservateurs qui dépasse.

Elles signalent au passage que 91 députés conservateurs avaient voté en faveur d’une résolution mettant en péril le droit à l’avortement, lors du vote de la motion M-312.

Si les députées montrent du doigt les autres partis, elles sont persuadées qu’aucun membre de leur parti ne se livrerait à de telles pratiques. « Je n’ai jamais vu un néo-démocrate se lever pendant un discours et attaquer personnellement un député », assure Mme Péclet.

Elle explique toutefois que les femmes qui ont plus d’expérience finissent par gagner le respect de leur collègue et que les attaques personnelles semblent cesser. « La situation des femmes, surtout les jeunes femmes, est très difficile. Je ne suis pas affectée par cela au point de ne plus vouloir faire de politique. Ça vient m’atteindre, mais j’ai une personnalité forte », assure la députée.

Un cri du cœur

La députée Péclet a fait ces révélations en réponse à une question sur un incident survenu un an auparavant, soit la diffusion à l’émission Infoman d’une vidéo où on la voit crier en pleine séance de la Chambre des communes. (À voir à 6:51 au http://bit.ly/Wz2jYu)

« Je me suis énervée une fois, mais il faut connaître le contexte. Pour une petite minute où je me suis énervée, je me suis fait crier des noms pendant la quinzaine de minutes qu’a durée mon allocution. On n’entend pas ces commentaires dans l’enregistrement, car [ils ne sont pas dits dans les micros] », raconte Mme Péclet.

L’intimidation, pas juste dans la cour d’école

La députée de la Pointe-de-l’Île, qui n’avait jamais raconté ces incidents publiquement, admet qu’on ne parle pas suffisamment de ce problème. Pourtant, elle-même dit avoir visité des écoles afin de sensibiliser les jeunes au problème de l’intimidation et à l’importance de la dénoncer. Heureusement, contrairement à l’intimidation dans les cours d’école, celle du parlement cesse aux portes de la Chambre des communes.

Coïncidence, peu de temps après le témoignage de la députée, le NPD déposait une motion afin d’améliorer la civilité à la Chambre des communes. La motion demande d’accroître le pouvoir du président « à imposer des mesures disciplinaires contre les députés qui ont recours au harcèlement, à des menaces, à des attaques personnelles ou à de la déformation extrême de faits, surtout en ce qui concerne les déclarations des députés et les questions orales. »

NDLR : Aucune femme n’a été élue sous la bannière du Parti conservateur du Canada au Québec. La seule députée libérale élue au Québec (élue sous la bannière NPD), dans la circonscription de Saint-Maurice–Champlain, Lise St-Denis, n’a pas retourné nos appels. La seule députée bloquiste, Maria Mourani d’Ahuntsic, ne nous a pas accordé d’entrevue, mais son attaché politique confirme qu’elle « n’avait jamais souffert de commentaires sexistes ou déplacés ». Toutes les autres élues sont néo-démocrates.

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