Nous sommes mardi, il est 21h10, ligne verte.
Je suis entré dans le wagon et tu étais assise tout prêt de la porte. Tout de suite je t’ai remarqué. Toi et ta chevelure mi-rousse, mi-brune, toi et ta longue mèche ondoyante. Toi et tes petites joues roses, ta peau blanche, ton style rebelle mais sophistiqué. Toi et ta chemise en jeans, tes leggings noirs et ton sac à dos en cuir de la même couleur. C’est drôle, je nous imaginais bien autour d’un verre, débattant de tout et de rien. Nous nous sommes envoyé quelques regards entre les stations Berri-UQAM et Frontenac, où nous sommes tous les deux descendus. Je me demande encore pourquoi tu es partie si vite lorsque les portes se sont ouvertes. Ta clef de voiture qui pendait au bout de tes doigts fins semblait pourtant indiquer que tout s’enlignait pour toi à ce moment précis. La planète tourne, mais j’aimerais prendre le temps de m’arrêter l’espace d’un instant, en ta compagnie. Moi qui d’ordinaire trouve inutile d’écrire dans cette tribune tellement les chances y sont minces que notre message soit entendu, je me suis pourtant laissé inspirer par la neige tombante qui m’accueilli une fois à l’extérieur. Inspiré, par l’espoir illusoire que tu tombes par hasard, et surtout par chance, sur mon texte pour t’y reconnaître. Néanmoins, que faire maintenant que tu as lu ces lignes? Probablement n’ai-je plus qu’à croiser les doigts. C’est dans une semaine que je serai fixé. Une semaine pour que ma missive soit publiée, qu’elle trouve son chemin non seulement jusqu’à toi, mais jusqu’à ton imagination. Dans une semaine, j’espère que ton horaire n’aura pas changé et qu’à la même heure et en les mêmes lieux, nos chemins se croiseront à nouveau. Et si ce fait d’arme ne se produit pas… Lèvres rouges, tu m’auras tout de même, simplement par ta présence, chaviré.