Célibat en soutane et pédophilie
La fin du célibat des prêtres serait-elle la voie du salut pour l’Église catholique, confrontée à un chapelet de scandales de pédophilie? Le théologien suisse Hans Küng le croit. Pour le vieil adversaire de Benoît XVI, c’est la «racine de tous les maux». L’éternel débat est relancé.
Depuis 2001, le Vatican aurait traité pas moins de 3 000 accusations d’abus sexuels sur les mineurs dans des affaires commises au cours des 50 dernières anÂnées. L’une d’entre elles implique un certain «abbé H», pris en charge en 1980 par l’archevêché de Munich quand le diocèse le plus catholique d’Allemagne était dirigé par Joseph Ratzinger. Le religieux en question avait suivi une thérapie avec l’accord du pape actuel.
Il fut ensuite permis à l’«abbé H» de reprendre du service, sans que l’archevêque Ratzinger ne le sache. Résultat : il récidiva avant d’être condamné en 1986 à 18 mois de prison avec sursis. Aujourd’hui, il exerce toujours en Bavière. Toute l’histoire est racontée dans le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung.
Au total, 19 diocèses allemands sur 27 sont secoués par des affaires de pédophilie. Elles ressemblent à celles qui ont éclaté au Canada (avec de jeunes Amérindiens), aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Autriche et dans la très catholique Irlande. Tous ces scandales tombent alors que Benoît XVI a lancé l’Année sacerdotale, visant à revaloriser l’image des 400 000 prêtres dans le monde.
Bien sûr, le souverain pontife a promis de faire toute la lumière sur ces «affaires», mais il tient la porte fermée au mariage des prêtres. Pour lui, le célibat, instauré seulement au XIIe siècle sous l’influence des moines, est un «don de Dieu». Les Églises orthodoxes, anglicanes et protestantes notamment ont pourtant un clergé marié. Cela n’empêche pas les cas de pédophilie. Mais ils semblent moins nombreux.
Règle générale, les manifestations de perversion sexuelle sont beaucoup plus courantes dans les familles que dans les institutions religieuses. Mais lorsque les scandales éclatent en série, comme en ce moment, ce sont tous les prêtres qui sont perçus comme pervers. À tort, bien sûr. D’autant que, s’il n’y a pas de relation de cause à effet entre le vÅ“u de célibat et la pédophilie, ces scandales ont longtemps été étouffés.
Les prêtres incriminés étaient simplement déplacés d’une paroisse à l’autre ou traversaient carrément les océans afin d’Å“uvrer en d’autres terres. L’Église ne disait rien, ne faisait rien. Aujourd’hui, elle parle. Mais la bonne parole ne suffit plus.