Parfum de scandale chez L'Oréal
Une milliardaire du cosmétique, généreuse donatrice du parti de NiÂcolas Sarkozy et employeuse de l’épouse d’un de ses ministres; sa fille, qui accuse sa vieille mère de «facultés affaiblies» pour avoir donné une petite fortune à son confident et ami, photographe, romancier et artiste mondain : la France vit à l’heure d’un feuilleton estival politico-financier présenté par des médias qui se déchaînent pour le meilleur et pour le pire.
Que Liliane Bettencourt, 87 ans, héritière et première actionnaire de L’Oréal, ait donné un milliard d’euros à François-Marie Banier, 62 ans, et que sa fille Françoise, 57 ans, n’ait pas apprécié, reste un conflit familial de riches. Après tout, «Mamie Zinzin» (son surnom dans Les Guignols de l’info, une émission satirique de marionnettes) est libre de faire des chèques à qui elle veut. Elle est à la tête du numéro un mondial des cosmétiques.
Mais ce parfum de scandale est vite devenu politique quand Éric Woerth, l’ex-ministre du Budget, aujourd’hui chargé de la réforme des retraites, a été soupçonné d’avoir fermé les yeux sur les évasions fiscales de la milliardaire, qui se serait ainsi payé une île dans l’océan Indien. Quand il était trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, Woerth, dont l’épouse, Florence, travaillait pour une filiale de L’Oréal, aurait également reçu des enveloppes pleines de liquide de Liliane Bettencourt, dont l’époux, aujourd’hui décédé, a été ministre et sénateur.
Jusqu’où peut aller l’«affaire Bettencourt»? Chose certaine, elle ne «mourra pas au feuilleton». Les médias sont déchaînés. Septembre, et sa rentrée explosive avec la réforme des retraites, est encore loin. Dans le creux médiatique estival, les tribulations familiales et politiques de la 17e fortune mondiale sont du pain béni. Comme dans tout scandale, ragots, rumeurs et fond de vérité s’enchevêtrent avec leurs rebondissements et coups de théâtre.
La presse d’investigation, longtemps endormie en France, s’est réveillée avec ce fait divers devenu fait de société, puis tempête politique. Du bonbon pour le cinéma. Un film devrait bientôt sortir avec Jeanne Moreau dans le rôle de Liliane Bettencourt. Balzac doit s’esclaffer. La comédie humaine traverse les siècles sans prendre la moindre ride.