Économie

Le pétrole plombe de plus en plus le déficit commercial du Québec

Le pétrole plombe de plus en plus le déficit commercial du Québec
Photo: Getty Images/iStockphoto

En 2013, le Québec a creusé son déficit commercial de 18G$ en achetant du pétrole, selon une étude du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) publiée mardi.

Ce déficit représente 5% du Produit intérieur brut (PIB) de la province, alors qu’il n’en représentait que 1,5% en 1995, note l’étude qui fait des recommandations pour inverser la tendance.

Intitulée Vingt milliards de plus en six ans – Les retombées économiques d’une réduction de la consommation de pétrole au Québec, l’étude évalue trois scénarios. Dans celui d’une réduction de 12% de la consommation de pétrole du secteur routier, les économies générées seraient de l’ordre de 1,5G$ en 2015 et de 5,2G$ en 2020, malgré la baisse des revenus gouvernementaux liés aux taxes sur le carburant.

Selon les calculs des chercheurs, les économies induites par l’instauration de véhicules moins énergivores représentent des économies substantielles. «En modifiant certains réflexes de consommation sans affecter la qualité de vie, il y a des gains individuels et collectifs énormes à réaliser. Par exemple, un ménage qui possède un VUS pourrait dégager des économies annuelles de 2 100$ à 4 300$ s’il le remplaçait par un véhicule intermédiaire ou compact», clame Philippe Bourke, DG du RNCREQ, commanditaire de l’étude.

Les sommes ainsi dégagées auraient alors plus de chance d’être dépensées au Québec, contribuant ainsi à la création d’emplois locaux et à l’augmentation du PIB.

Mais les Québécois ne prennent pas cette direction. En effet, le nombre de camions légers sur la route a doublé entre 1995 et 2013, indiquent les statistiques de la Société d’assurance automobile du Québec. Pour contrer cette tendance, les auteurs recommandent l’application d’un système de bonus-malus pour favoriser l’achat de véhicules écoénergétiques.

L’étude souligne aussi l’importance d’investir dans le transport en commun pour freiner le nombre d’autos sur la route, ainsi que sur l’électrification des transports, une stratégie sur laquelle compte le gouvernement.

Selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, «cette étude pose d’excellentes questions et apporte des solutions intéressantes». Il a toutefois quelques réserves sur «l’approche méthodologique un peu alambiquée». Selon lui, l’approche bonus-malus est à proscrire, car «il ne faut pas récompenser l’achat de voitures, même les petites».

M. Pineau souligne aussi «qu’il faut aussi éviter de diaboliser le pétrole au-delà des dommages réels qu’il procure». Selon lui, «la province doit prendre conscience qu’il y a des gains à exploiter son propre pétrole au Québec, si cela est fait de façon responsable, comme au Danemark, tout en favorisant les mesures pour en réduire la consommation.

Les détails de l’étude seront au coeur des discussions d’une conférence organisée à la Maison du développement durable entre 12h15 et 13h15.