Opioïdes: des organismes communautaires réclament davantage d’actions
Des organismes communautaires montréalais œuvrant auprès d’utilisateurs de drogues estiment en avoir plein les bras à cause de la crise des opioïdes. Ils pressent les gouvernements d’agir plus rapidement et plaident pour davantage de financement.
Réunis sous la bannière de la Coalition Réduction des Méfaits Montréal, ceux-ci ont lancé un appel aux gouvernements mardi. «Ils sont en train de calculer à partir de quel niveau de mortalité on doit agir pour sauver des vies, quel est le quota de morts acceptable, a déploré le directeur général de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD), Jean-François Mary. Moi je ne veux pas qu’on répète les erreurs de Vancouver. Ils ont mis deux ans pour agir et on a atteint 1000 morts cette année déjà.»
Les organismes jugent «inacceptable» la lenteur d’agir du gouvernement notamment dans le dossier de l’accès à la naloxone, un antidote qui permet de freiner une surdose en cours. «Notre but c’est de sauver des vies, mais on attend encore que quelque chose change et on attend la stratégie [de Québec]», s’impatiente Chantale Perron de Méta d’Âme faisant référence à l’annonce du 13 septembre dernier du gouvernement du Québec de rendre l’accès à la naloxone universel et sans formation. Mme Perron dit avoir reçu «au moins 75 appels» pour des demandes de formations d’intervenants communautaires qu’ils ne peuvent pas offrir en raison des règles de la Santé publique.
Selon les chiffres que la Direction régionale de santé publique (DRSP) a transmis à Métro, 1184 personnes ont été formées à l’administration de la naloxone de juin 2015 et au mois dernier. Pas moins de 884 trousses ont aussi été distribuées, grâce à un programme mis en place par le Ministère de la Santé.
La Coalition rappelle que 75% des utilisateurs de drogues injectables (UDI) se procurent leur matériel de prévention principalement dans des organismes communautaires et déplore que la naloxone ne soit disponible gratuitement que dans quatre pharmacies du centre-ville. «On a eu, dans les années 1980, des milliers de morts du sida à cause des barrières réglementaires; on aurait dû apprendre de ça», a soutenu M. Mary.
Les sites d’injection supervisée (SIS), qui ont vu le jour à Montréal en juin, souhaitent ainsi des assouplissements, afin de faciliter leur travail. «Cactus n’est pas ouvert avant 16h. Au moment d’arriver, les personnes sont malades», a donné en exemple Farin Shore, pair aidant pour Cactus Montréal. Tous les intervenants s’entendent pour dire qu’on devrait avoir des SIS ouverts 24 heures sur 24 et dans différents lieux de Montréal. M. Shore se désole du fait que les pair aidants ne puissent «pas assister les UDI au moment de l’injection», car ils ne sont pas admis dans les salles d’injection. Ainsi, «ils ne sont pas là au bon moment», a-t-il soutenu.
Le pair-aidant ajoute que des bandelettes de test pour la détection de fentanyl devraient être disponibles dans les SIS, car il s’agit d’une demande des UDI. «On devrait explorer la possibilité d’ouvrir des salles de consommation», a-t-il suggéré. Jean-François Mary souligne que la Colombie-Britannique a ouvert ce genre d’établissement, où on «peut consommer comme on le ferait dans la rue et où des intervenants agissent seulement s’il y a une surdose».
Questionné sur la possibilité d’offrir des bandelettes pour l’analyse de drogues, la DRSP a souligné qu’elle «travaille actuellement à la mise en place d’une étude de faisabilité afin de déterminer la meilleure méthodologie d’analyse des substances et les conditions d’implantation optimales au contexte montréalais. Les bandelettes de dépistage font partie des solutions qui seront étudiées».
Le cabinet de la ministre de la Santé publique, Lucie Charlebois, a indiqué à Métro que «des travaux sont actuellement en cours pour rendre [la naloxone] disponible le plus rapidement possible cet automne». Sans préciser si les barrières règlementaires évoquées par la Coalition y seront abordées, l’attaché de presse de Mme Charlebois, Bianca Boutin a ajouté que la Stratégie nationale de prévention et de réponses aux surdoses d’opioïdes doit être déposée «le plus rapidement possible à l’automne».