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Entrevue avec Harry Delva: une charge contre le profilage racial à Montréal-Nord

Montréal-Nord a connu plusieurs bouleversements à la suite de la mort de Fredy Villanueva, survenue en août 2008 à la suite d’une intervention policière du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Après des années de silence, certaines voix se sont élevées afin de dénoncer le profilage racial pratiqué par certains policiers. Parmi ces voix, celle de Harry Delva, un intervenant communautaire à la Maison d’Haïti, a particulièrement résonné dans les médias.

Plus d’un an plus tard, M. Delva propose le documentaire Profilage racial, qui sera diffusé dimanche, sur les ondes de Canal D. Dénonçant sans retenue le rapport de force qui existe entre la population de Montréal-Nord et les policiers, Harry Delva espère qu’en mettant en lumière certaines pratiques douteuses, des solutions pourront enfin être envisagées. Métro s’est entretenu avec Harry Delva afin d’en savoir plus.

Pourquoi avoir fait ce documentaire?
L’affaire Villanueva a été un déclencheur, pour la simple et bonne raison que Fredy Villanueva aurait facilement pu s’appeler Fredy Delva. À ce moment, on se rend compte qu’on a beau faire ce qu’on peut, nos enfants pourraient être confrontés à de tels problèmes. Je me suis dit qu’il fallait en parler. J’ai été d’autant plus intrigué quand on m’a dit que parler du profilage racial équivalait à un suicide politique. C’était clair que personne ne voulait en parler, que personne ne voulait se mouiller, même si tout le monde sait que le profilage racial existe. Il était temps que quelqu’un se mouille.

Votre constat est sans équivoque : le profilage racial existe. Mais selon vous, la situation s’est-elle améliorée avec le temps?
Je suis très conscient que des formations sont offertes aux policiers et qu’au niveau de la haute direction du SPVM on veut que le profilage racial cesse, mais malheureusement, sur le terrain, on ne voit pas la différence. Dernièrement, la situation s’est beaucoup aggravée, notamment en raison des arrestations arbitraires faites par le groupe Éclipse [principalement dédié à la lutte aux gangs de rue]. Parallèlement à ça, on a remarqué que le nombre de plaintes avait augmenté.

Dans votre documentaire, l’assistant directeur du SPVM, Jacques Robinette, note qu’en trois ans, seulement 80 plaintes avaient été formulées malgré trois millions d’interventions. Comment expliquez-vous ça?
Les gens se demandent pourquoi ils devraient aller se plaindre de la police à la police. Ils estiment que ça ne mène nulle part et c’est très dommage. Nous, on encourage les jeunes à porter plaintes, mais même quand ils le font, ça prend trois ou quatre ans avant d’avoir gain de cause. Très peu de gens sont intéressés à investir autant de temps. Ça fait très longtemps que différentes personnes disent que le système est mal fait, mais l’excuse qui revient constamment, c’est que le SPVM est un gros paquebot qui tourne très lentement.

Votre film se concentre sur la situation à Montréal-Nord. Selon vous, le profilage racial est-il une réalité ailleurs à Montréal?
J’ai choisi de parler de Montréal-Nord parce que c’est là que ça a pété. C’est là qu’on a réalisé qu’il y avait un trop plein. Mais c’est aussi valable ailleurs. Quand on regarde au centre-ville ou dans l’ouest de la ville, beaucoup de gens doivent faire aussi face au profilage racial.

Êtes-vous d’accord avec l’affirmation de Will Prosper, porte-parole de Montréal-Nord Republik, selon laquelle la répression policière crée des criminels?
Quand on donne une contravention de 120 $ à un jeune parce qu’il a craché par terre, c’est sûr qu’on crée un cercle vicieux parce que ce jeune n’aura sans doute pas l’argent pour payer le billet. De plus, quand il n’y a pas un encadrement très clair, comme c’est le cas à Montréal-Nord, ça devient difficile pour les jeunes, qui choisissent souvent de se tourner vers la marginalité.

Sur le terrain, sentez-vous que les policiers font des efforts pour faire preuve d’ouverture?
À Montréal-Nord, le commandant du SPVM fait preuve d’une belle ouverture et on sent qu’il y a une volonté de la part du SPVM de se rapprocher de la population. Il y a bel et bien du travail qui se fait, un travail qui est lent, mais qui laisse croire que les choses peuvent changer.

Vous vous êtes positionné en faux contre les positions de l’ancien maire de Montréal-Nord, Marcel Parent. Croyez-vous que les choses peuvent changer avec l’arrivée à la mairie de Gilles Deguire?
Je ne connais pas encore le nouveau maire, mais j’espère qu’on lui donnera la possibilité de changer les choses. Ce n’est pas tout d’être élu, encore faut-il avoir la force et la volonté de changer les choses.

Selon vous, quelles seraient les solutions pour mettre un terme au profilage racial?
Premièrement, il faudrait que les jeunes policiers aient une formation pour qu’ils comprennent l’environnement dans lequel ils évoluent et la clientèle avec laquelle ils travaillent. Ensuite, les policiers doivent comprendre que leur statut ne leur permet pas d’agir comme tout le monde. Ils ne peuvent pas passer des commentaires racistes comme on les a entendu le faire. Je pense qu’il faut avoir une tolérance zéro à ce niveau. Enfin, il faut prévoir des sanctions très claires pour punir le profilage racial.

Qu’espérez-vous de la diffusion de votre documentaire?
J’espère que les gens entendront le cri d’alarme, qu’ils verront que le profilage racial existe. Nous, on le vit, il faut que ça se sache et il faut que ça change.

Profilage racial
Diffusé dimanche, à 21 h, à Canal D

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