Entrevue exclusive avec Michel Labrecque: Bilan après 100 jours à la tête de la STM
Cent jours après son arrivée à la tête de la Société de transport de Montréal (STM), le nouveau président, Michel Labrecque, fait le point sur les dossiers de l’heure et livre ses impressions sur le transport en commun montréalais, lui qui porte la double casquette d’usager et de président.
Votre vision est-elle différente maintenant que vous êtes président?
C’est sûr qu’on est imprégné. Avant, quand je travaillais pour le festival Montréal en lumière, à chaque fois que j’allais dans un festival, je regardais où était la régie, où étaient placées les commanditaires, combien coûtait la bière, quelle était l’ambiance, qui vendait des t-shirts, qui s’occupait de la sécurité, etc. Là, je suis à la STM, alors je regarde les panneaux publicitaires, l’information, les supports à vélo à côté des édicules, l’usure de certaines stations, si les escaliers mécaniques fonctionnent, si les changeurs ont des cabines confortables; je regarde les Å“uvres d’art dans les stations, le travail du chauffeur de bus, comment il se comporte avec les clients; bref, je ne voyage plus comme avant.
Quels préjugés ne tiennent plus, quand on voit tout ça de l’intérieur?
Dire que la STM, c’est gros, dur à faire bouger, un peu conservateur – tout ça est faux. Le transport en commun a besoin d’argent, mais des idées, il y en a, et ce qu’on fait avec l’argent qu’on a, c’est assez impressionnant. Parmi les lieux communs, il y a les chauffeurs qui seraient soi-disant bêtes. Il y a des chauffeurs le matin qui n’ont pas le goût, mais au nombre de lignes, au nombre de chauffeurs et au nombre de monde, c’est bien peu. Il suffit de s’asseoir derrière un chauffeur pour, aussi, se rendre compte des belles histoires ou des gestes de complicité qui existent avec certains usagers.
Où en est-on avec les nouvelles voitures de métro?
Les négociations sont commencées avec le consortium Bombardier-Alstom. On a trois tables en parallèle pour que les négociations avancent rapidement au cours des neuf prochaines semaines. Il y a une table qui concerne le produit, c’est-à-dire ce que l’on veut comme métro, une table sur les incidences financières, c’est-à-dire combien ça va coûter, et une dernière sur les garanties.
Et les divergences avec l’AMT au sujet de la voie de bus réservée sur Pie-IX?
La ministre nous a fixé comme échéancier le mois de juin pour que nous nous entendions avec l’AMT; on va finir par se rejoindre. [NDLR: La STM privilégie une utilisation centrale du boulevard, alors que l’AMT préfère utiliser les deux côtés de la rue.]
Pour le financement du transport en commun, est-ce une lutte entre Montréal et les autres membres de la Communauté métropolitaine?
Non, il y a deux couronnes et deux villes, Laval et Longueuil, qui ont des bonnes sociétés de transport, qui sont assez enlignées. Les maires de Laval et de Longueuil parlent de nouvelles stations de métro; nous on est pour. Dans le Plan de transport de Montréal, on indiquait comme priorité absolue le prolongement de la ligne bleue vers l’est, mais rejoindre la boucle à Laval et étendre vers la Rive-Sud, on est en accord avec ça. C’est sûr qu’ensuite, il faut régler les questions d’intégration tarifaire, le financement dédié, indexé et pérenne, mais on a créé plusieurs comités pour régler ces questions. Failure is not an option.
La STM est-elle intéressée par le tramway?
C’est sûr qu’on veut le conduire, on a de bonnes équipes pour ça, et je ne peux pas penser une minute qu’on ne confierait pas ça à la STM. Il faut s’assurer de l’intermodalité des modes de transport, refaire la trame urbaine, les infrastructures souterraines, refaire les surfaces pour que ça supporte le rail, refaire le gabarit des rues, enlever du stationnement auto, poser les câbles électriques… C’est costaud tout ça, alors c’est mieux que ce soit la STM qui y participe. L’étape actuelle, c’est déterminer les trajets. C’est important pour que les gens montent dedans. J’ai vu les scénarios actuels. Moi, je monterais dedans.