Le vrai du faux
On sait maintenant que la dérape mentale et artistique du comédien Joaquin Phoenix était orchestrée de A à Z pour les besoins du pseudo-documentaire I’m Still Here qui sera présenté à Montréal dès vendredi. Le réalisateur de l’Å“uvre (!) déclare que Phoenix livre là la performance d’une vie. Ah bon. Alors, maintenant que l’on sait que tout ceci était du théâtre, posons la question qui s’impose : pourquoi?
Jusqu’où un artiste doit-il pousser la chose pour aller au fond de son art? Parce que c’est bien de ça qu’il est question ici. Du fond très profond. C’est beau de vouloir choquer et provoquer le malaise, mais qu’est-ce que ça donne de se montrer en train de dégobiller ou encore mieux, de se faire déféquer dessus par un aide de camp frustré?
Quand on voit ce genre de scène dans le film, on a l’impression d’assister à du sous-Borat tant la différence entre l’indécence et le ridicule est mince. Sauf que Borat, c’était une joke annoncée. Là, on a entretenu le mystère juste un peu trop longtemps. Comme si la charge devenait subitement beaucoup trop lourde à porter. En crevant le secret de la fausse représentation au tout début de la campagne de mise en marché, on semble subitement préoccupé par les dommages potentiels que l’Å“uvre pourrait causer à Joaquin Phoenix. Trop tard. En avançant trop au bord du précipice, le gars est déjà tombé.
Finalement, c’est l’usurpateur lui-même qui aura été victime de sa propre supercherie. Non, l’autosabotage ne sera décidément jamais une forme d’art…
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Phénomène étrange : pendant que l’on parle de crise dans l’industrie de la musique, il y a rarement eu autant de sorties de disques aussi tôt à l’automne. À propos, mettons que vous avez une couple de piasses de lousses, mettez-les donc sur l’album live Songs From The Road du grand Leonard Cohen. Ne serait-ce que pour entendre ce que vous avez manqué au Festival de jazz il y a deux ans. Tout simplement splendide.
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Un incontournable : l’excellent film Incendies de Denis Villeneuve. Une histoire de guerre, d’amour et de quête de vérité. On souhaite que les fenêtres du monde puissent s’ouvrir à ce réalisateur. Du grand cinéma. Financé en partie par nos taxes en passant. Comme quoi…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.