Claude Dauphin se retire temporairement
Dans l’oeil du cyclone depuis 48 heures, Claude Dauphin a proposé aux trois formations politiques montréalaises un compromis a qui a été accepté tard hier soir: il se retire temporairement de ses fonctions de président du conseil municipal, tout en s’assurant que ce retrait «ne constitue pas un blâme» contre lui.
C’est après de longs débats, de nombreuses questions de procédures et une suspension de quelques heures que la motion a finalement été adoptée à l’unanimité vers 23 h.
Dans l’après-midi, les deux partis de l’opposition ont tenté de forcer la tenue d’un vote secret, mais leurs efforts se sont avérés vains.
La motion lue par Claude Dauphin mentionne que le conseil municipal souhaite que les autorités «fassent diligence pour que l’enquête concernant les allégations de favoritisme qui pèsent sur lui «soit résolue le plus tôt possible».
Le maire Gérald Tremblay a ajouté qu’il allait lui-même en faire la demande au ministre Laurent Lessard.
Plus tôt dans la journée, Claude Dauphin, qui est également maire de Lachine, avait indiqué vouloir consulter ses avocats au cours des prochains jours pour déterminer s’il y a matière à poursuite judiciaire. «Je n’ai rien à me reprocher», a-t-il répété. Il a précisé ne pas être en guerre contre le maire Tremblay, mais qu’il jugeait inacceptable l’enquête de l’ancien contrôleur général, Pierre Reid, à son endroit.
Gérald Tremblay a d’ailleurs dû répondre à un barrage de questions des élus sur les raisons qui ont mené Pierre Reid à lire les courriels de Claude Dauphin. Le maire a admis que ces gestes n’auraient pas dû être posés, mais que M. Reid avait agi de bonne foi.
«Dans le cours normal de vérifications administratives, Pierre Reid a compris qu’il pouvait ouvrir les courriels, a déclaré M. Tremblay, suggérant qu’un malentendu pourrait expliquer les actions prises par l’ancien contrôleur général. Ces gestes n’auraient jamais dû être posés sans un mandat écrit.»
Le maire a également nié les informations publiées mardi, dans La Presse, voulant que l’ancien chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Yvan Delorme, ait fait l’objet d’une filature et de vérifications.
«Il n’y a jamais eu de vérification du contrôleur général sur l’ancien chef de police, a martelé Gérald Tremblay. En aucune circonstance, il n’y a eu un mandat pour faire une vérification sur Yvan Delorme.»
C’est la vice-présidente du conseil, Elsie Lefevbre, qui assumera le poste de présidente jusqu’au mois prochain. «On reviendra alors avec une suggestion pour remplacer M. Dauphin», a expliqué le maire Tremblay mardi soir. Le conseil extraordinaire s’étant terminé beaucoup plus tard que prévu, la séance ordinaire du conseil municipal reprendra jeudi matin sous la présidence de Mme Lefebvre.
Le ministre attend des gestes concrets
Le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a indiqué mardi avoir demandé au maire Gérald Tremblay, dans une lettre envoyée le 22 mars, qu’un mécanisme soit mis en place pour assurer que les communications électroniques des élus demeurent confidentielles. Il n’aurait pas reçu de réponse de la Ville à cet égard.
«Je m’attends à ce que des gestes soient posés, a affirmé M. Lessard, à l’entrée du conseil des ministre. Ça ne peut plus aller plus loin.»
Le ministre n’a pas voulu se prononcer sur la possibilité de mettre Montréal en tutelle, mais a laissé poindre un agacement certain face à la crise qui secoue l’Hôtel de Ville.
Le maire Tremblay a laissé entendre, lundi, que l’ancien contrôleur général, Pierre Reid, s’était permis d’ouvrir des courriels du président du conseil, Claude Dauphin, après que le ministère ou la Sûreté du Québec (SQ) ait été mis au courant. Or, les deux principaux intéressés ont tour à tour démenti ces allégations.
Les commentaires du ministre Lessard, recueillis mardi, étaient d’ailleurs sans équivoque.
«On n’a pas autorisé ou demandé que l’on ouvre les courriels des élus, a-t-il déclaré. C’est un acte illégal que nous ne cautionnons pas.»