Entrevue avec Pascal Picq: L'homme manque-t-il d'humanité?
Qu’est-ce qui distingue l’homme du singe ou de tout autre animal? L’homme peut-il prétendre avoir atteint un tel stade d’évolution qu’il lui est impossible de concevoir que d’autres espèces animales présentent des caractéristiques humaines?
Le paléoanthropologue français Pascal Picq, présentera mardi soir, au Jardin botanique, ses réflexions sur le sujet. Métro s’est entretenu avec lui.
Votre conférence s’intitule Voir autrement l’humain. Que présenterez-vous?
Quand on est spécialiste de l’origine et de l’évolution de la vie humaine, comme moi, on reste étonné de constater combien le concept d’humain est employé avec beaucoup de confusion. J’ai été très surpris de voir que, dans ma discipline, on parle du propre de l’homme sans jamais vérifier ce qu’il en est des espèces qui en sont proches.
Y a-t-il des espèces aussi humaines que l’homme?
En terme de génétique, le chimpanzé a une relation de parenté avec nous. Mais ça va plus loin. En terme de comportements et de modes de pensée, on s’aperçoit que les chimpanzés ont les mêmes systèmes sociaux, qu’ils connaissent les notions d’équité ou de bien et de mal. Ils raisonnent et font de la politique. On s’aperçoit que ce qui semblait être de l’ordre de l’humain se retrouvent aussi chez les chimpanzés. Ce ne sont pas les chimpanzés qui sont devenus des hommes, mais l’inverse.
L’homme ne descendrait donc pas du singe?
Quand on dit que l’homme descend du singe, c’est une grosse bêtise. Les chimpanzés et les hommes ont un parent commun. Nous descendons tous deux d’espèces qui ont disparu.
Vous estimez que les hommes manquent d’humanité. Qu’est-ce qui pourrait être corrigé?
Le problème quand on s’octroie le seul privilège de dire qu’on est humain, c’est qu’on nie aux autres la capacité d’être humain. On en fait alors des machines, ce qui nous donne la justification morale de les exclure et de les traiter de manière inhumaine. Cela a notamment donné lieu au racisme et au sexisme.
Votre discours va à contre-courant de la pensée traditionnelle. Comment est-il généralement accueilli?
Il est vrai que dans des modes de pensée plus traditionnelles, centrés sur l’humanisme bourgeois, mon discours n’est pas très bien accepté. Je parviens malgré tout à être entendu. Je fais des films, je participe à des programmes scolaires et je donne des conférences.
À quel accueil vous attendez-vous, à Montréal?
Apparemment, au Québec, tout ce qui concerne Darwin ou l’évolution est peu développé. Je viens comme un missionnaire. Je me souviens avoir entendu à la radio des gens qui disaient de laisser une chance aux croyants. Mais la paléoanthropologie n’a pas été inventée pour embêter les croyants. L’objectif est de comprendre l’homme et d’avoir un autre regard sur sa place dans la nature.
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Pour plus d’information sur la conférence de Pascal Picq : espacepourlavie.ca