XP Antarctik: Fouler la terra incognita
Trente jours en autonomie complète dans une région jamais explorée du globe: Métro suit les aventuriers montréalais d’XP Antarctik tout au long de leur épopée. Malgré les tempêtes, deux chutes et la fatigue, la terra incognita est enfin foulée.
«C’est difficile à croire. […] On a l’impression que l’être humain n’a rien à faire ici. Rien ne vit, rien ne survit. C’est un privilège d’être là.» Avec deux autres membres de l’expédition, Samuel Ostiguy a gravi deux sommets jamais atteints par l’humain. Se trouver face à un paysage que personne avant eux n’a jamais vu: l’expérience enivre.
Quand le vent offre un répit, le silence est absolu. Seuls des affaissements de neige troublent par moment la quiétude. Ici, pas d’animaux, pas de végétation. «Tout est grandiose, confie Marina Lançon. Les tons de glace varient du turquoise au blanc, la neige tranche avec le bleu du ciel, les couchers de soleil apportent une touche de rouge. On a l’impression d’être tout petit.»
Tout n’est cependant pas que calme et volupté pour les explorateurs. À deux reprises, ils doivent gérer des chutes en crevasse. Il a fallu deux heures pour remonter l’un d’entre eux. Marina Lançon était encordée avec François Mailhot lorsqu’il a été happé par le vide. «Ça a été quelque chose. C’est dur de mettre des mots là-dessus. J’étais dans une mauvaise position pour arrêter sa chute, je me suis sentie partir et j’ai cru tomber avec lui. Samuel (troisième de la cordée) a retenu le poids. Le vent nous empêchait de communiquer, mais il a quand même compris qu’il ne fallait pas qu’il lâche, parce que mon point d’ancrage n’était pas assez solide.» Avec l’aide du reste de l’équipe prévenue par VHF, ils parviennent finalement à se sortir de là sans conséquences majeures.
Il a fallu sept allers-retours pour transporter tout le matériel à travers le Catwalk, chemin escarpé de quatre kilomètres coincé entre séracs et crevasses. Trop lourds, les traineaux ont tendance à se renverser en terrain très accidenté. Après quelque 120 kilomètres parcourus, l’effort éreinte, mais le moral reste au zénith. Au bout du fil, Marina lâche dans un grand éclat de rire «on s’attendait à avoir mal, et on a mal!» L’équipe s’amuse en essayant de découvrir quelles parties de leurs corps restent indolores !
Des conditions météo éprouvantes forcent maintenant les aventuriers à revoir l’itinéraire initial. Depuis le début de l’expédition, en moyenne deux journées sur trois sont affectées par le voile blanc, un phénomène associé aux tempêtes dissipant toute visibilité. «Comme si on se trouvait à l’intérieur d’une balle de ping-pong blanche», sans aucun repère, explique Marina. La progression en est ralentie, et les explorateurs estiment plus prudent de retourner sur leurs pas pour rejoindre le voilier qui les ramènera en Terre-de-Feu. Sans se priver d’escalader quelques sommets croisés à l’allée!
Que mange-t-on au Pôle Sud ?
Des journées de 10 à 15 heures de marche, de courtes nuits, et une dépense énergétique constante nécessitent d’ingérer 6500 calories par jour pour permettre à l’organisme de tenir le coup. Au menu: riz aux crevettes, spaghetti, chaudrée de la mer avec pétoncles (repas lyophilisés), barres tendres, noix ou chocolat. «On mange en grande quantité même si on n’a pas faim, explique Marina Lançon. C’est laborieux de tout terminer, on se force tout le temps!» Même si la nourriture est paraît-il «excellente».
À suivre dans Métro
Prochain rendez-vous avec l’équipe d’XP Antarctik pour la fin de l’aventure, le 19 mars.













