Les défusions ont été une grave erreur, croit toujours Louise Harel
Dix ans après les référendums sur les défusions municipales qui ont permis à 15 municipalités montréalaises de regagner leur indépendance, l’ancienne ministre Louise Harel, considérée comme la mère des fusions de 2002, croit toujours que les défusions ont été une erreur monumentale.
«Ça prendrait un autre Lucien Bouchard qui aurait le courage de faire une réorganisation municipale, a-t-elle confié en entrevue à Métro. Ça va prendre une ou deux générations avant que quiconque relance le projet, puisque le Parti québécois a eu le sentiment d’avoir perdu ses élections [de l’époque] à cause de ça.»
Celle qui fut ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole sous le gouvernement du Parti québécois au début des années 2000 croit toutefois que ce serait nécessaire. Selon elle, le vote sur les défusions du 20 juin 2004 ont été très coûteuses parce qu’il y a eu une multiplication des administrations et de l’équipement. La loi de 2003 modifiant la Charte de la Ville de Montréal aurait aussi contribué à laisser une ville trop bureaucratique en donnant trop de pouvoirs aux arrondissements. «C’est un coût énorme sur les épaules des contribuables», considère Mme Harel.
Les villes qui sont largement restées fusionnées, comme Sherbrooke, Trois-Rivières et Matane, ont connu un second souffle dans le développement culturel, économique et urbain, estime de plus Mme Harel.
Elle critique d’autre part les villes qui ont voté pour la défusion, comme Westmount. «Elles se sont désolidarisées», a-t-elle dit.
Célébrations dans les villes défusionnées
Les maires de plusieurs villes défusionnées se disent de leur côté toujours très satisfaits d’être indépendants. Les villes de Hampstead, Côte Saint-Luc et Montréal‑Ouest ont d’ailleurs organisé des célébrations le weekend dernier pour les 10 ans des défusions.
«Les défusions étaient nécessaires parce que les fusions «forcées» ont été un échec, a de son côté affirmé Peter Trent, le maire de Westmount. Mme Harel avait promis des économies d’échelle, plus d’équité fiscale et de ralentir la fuite des citoyens en banlieue. Son gouvernement s’est trompé sur toute la ligne.»
M. Trent, qui a publié un livre sur le sujet intitulé «La folie des grandeurs», a refusé en 2002 de s’impliquer dans la nouvelle ville, et a tout de suite milité pour la défusion. Lui et Anthony Housefather, maire de Côte Saint-Luc, sont aujourd’hui heureux de pouvoir offrir des services taillés sur mesure aux citoyens et d’avoir conservé l’identité de leur ville. Ils auraient toutefois souhaité récupérer tous les mêmes pouvoirs qu’avant les fusions, alors que le service des incendies et la cour municipale sont aujourd’hui la responsabilité de l’agglomération. «C’est sûr qu’on n’a pas la même qualité des services qu’on avait avec les pompiers, mais autant c’était ridicule de fusionner, ce serait ridicule de demander la défusion de ces services», croit M. Housefather.