L'affaire Éric Caire vire à l'affrontement CAQ-PLQ
SAGUENAY, Qc — Le ton a monté d’un cran dans la campagne électorale québécoise après que le libéral Gaétan Barrette eut suggéré jeudi que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) fasse la lumière sur le prêt de 55 000 $ fait au caquiste Éric Caire par le maire d’une municipalité de sa circonscription.
«Pauvre Gaétan. Il s’est fait tasser par Gertrude (Bourdon) et par Philippe (Couillard) pis là, ben, il manque d’attention», a persiflé le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, en mêlée de presse.
«Il n’a rien à faire? Tous les hôpitaux de la Montérégie sont à plus que 100 pour cent d’occupation aujourd’hui (…) pis Gaétan, il perd du temps à regarder les lois sur l’éthique?», a-t-il lancé en marge d’une soirée militante à Saguenay.
«Franchement, soyons sérieux», a-t-il répété, qualifiant cette sortie d’«autre dérapage de Gaétan Barrette».
Le libéral venait tout juste d’offrir une série d’entrevues aux journalistes qui sont dans la caravane électorale caquiste afin de se livrer à une seconde attaque frontale en autant de jours.
Il a fait planer l’idée qu’en raison du flou entourant le contrat conclu entre Éric Caire, son ex-conjointe et le maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, l’UPAC devrait peut-être se pencher sur l’affaire.
«Je pose la question: faudra-t-il qu’on demande à l’UPAC d’enquêter pour faire la lumière sur cette situation? L’UPAC est indépendante, mais là, l’UPAC, ils regardent ce qui se passe», a-t-il lâché à l’autre bout du fil.
Le leader caquiste ne s’est pas engagé à rendre public le contrat qui fait l’objet de la curiosité de Gaétan Barette, sous prétexte que «le commissaire à l’éthique a regardé le dossier, et il a dit que c’était correct».
Deux poids, deux mesures?
Le chef de la CAQ a laissé entendre jeudi matin qu’il n’aurait pas été aussi indulgent avec le Éric Caire si cette situation s’était produite au sein d’un gouvernement plutôt que dans l’opposition.
«La conjointe de M. Caire travaillait avec le maire, donc il y avait une proximité. Eux ont vu ça comme étant un prêt d’un ami à un ami», a-t-il offert en conférence de presse à Rivière-du-Loup.
«Mais effectivement, il y avait une apparence (de conflit d’intérêts), et ce n’est sûrement pas le genre de chose qu’on veut voir quand on est au gouvernement», a enchaîné François Legault.
Car «quand on est au gouvernement, c’est important de s’assurer qu’il n’y ait aucun conflit d’intérêts, parce que le gouvernement nomme des personnes à des postes de direction, donne des contrats à des entreprises ou à des individus», a-t-il plaidé.
Ces propos ont fait bondir Gaétan Barrette, qui s’est insurgé de voir qu’un homme qui aspire à être premier ministre du Québec juge qu’il y a plus d’une version du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale.
Les lignes de conduite qui y sont édictées ne sont pas «à géométrie variable», et elles doivent être suivies par tous les députés, qu’ils soient dans l’opposition, indépendants ou au gouvernement, a-t-il plaidé.
«Transparence exemplaire»
Le député sortant François Paradis a tenu à «saluer la transparence exemplaire» d’Éric Caire, «qui a mis son coeur sur la table» et «tout expliqué» dans «une situation difficile».
Le porte-couleurs de la CAQ dans La Peltrie a fait acte de contrition en conférence de presse après que le Journal de Québec eut appris l’histoire du prêt en couvrant la séance du conseil municipal de L’Ancienne-Lorette, où l’affaire a rebondi.
M. Paradis a semblé endosser la position de son chef lorsqu’on a lui demandé si la gravité d’un accroc à l’éthique variait en fonction de l’endroit où un député est assis dans l’enceinte de l’Assemblée nationale — du côté du pouvoir ou de celui de l’opposition.
«Lorsqu’on est au gouvernement, on doit manifestement, dans un dossier comme celui-là, en fonction des pouvoirs que l’on a, ne pas faire ce genre d’erreur», a-t-il commenté en mêlée de presse à Saint-Henri, dans la circonscription de Bellechasse.
Un peu plus tôt, la candidate dans Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, s’était aussi portée à la défense du collègue qu’elle «estime beaucoup», sans vouloir dire si ses actions étaient respectueuses des valeurs et standards caquistes en matière d’intégrité.
«Je prône personnellement des valeurs d’intégrité, et la CAQ prône des valeurs d’intégrité de manière manifeste. M. Caire est un homme intègre», a-t-elle offert après la conférence de presse de François Legault à Rivière-du-Loup.
Prêt avec intérêt
Initialement, le chef caquiste n’avait pas été en mesure de spécifier si le prêt avait été offert avec un taux d’intérêt ou comment Éric Caire avait fait son compte pour le rembourser aussi promptement.
«Je ne suis pas les prêts et les hypothèques de chacun de mes députés», a-t-il lancé.
Son équipe a ensuite précisé que l’élu sortant avait contracté un prêt à la Caisse populaire Desjardins pour rembourser sa moitié de la somme, et que le prêt avait été fait avec intérêts.
Le parti a distribué aux journalistes une quittance de 57 120 $ (2120 $ en intérêt). Le document, que La Presse canadienne n’a pu authentifier, précise que la somme a été remboursée le 28 juin 2018 et porte une signature du maire Loranger.
Le taux fixé par le maire est «comparable à ce que chargent les institutions financières», a analysé François Legault.
Soins de la vue pour mineurs
La campagne de la CAQ, en avance dans les sondages, a été plombée ces derniers jours par cette histoire et celle du départ-surprise du président du parti, Stéphane Le Bouyonnec.
Cela fait trois jours, sur les huit depuis le début de la campagne, que les affaires Le Bouyonnec et Caire monopolisent quasiment toute l’attention.
Mais les annonces se poursuivent, et en matinée, le chef Legault a proposé de bonifier le régime public de soins de la vue pour les jeunes de 17 ans et moins.
Il a annoncé qu’un gouvernement caquiste offrirait le remboursement des paires de lunettes ou des lentilles cornéennes pour les mineurs jusqu’à concurrence de 250 $, et ce, tous les deux ans.
Actuellement, le Régime d’assurance maladie du Québec (RAMQ) couvre l’examen de la vue pour les jeunes de moins de 18 ans, mais pas l’achat de lunettes ou de lentilles.
Tous les parents pourraient se prévaloir de cette mesure, qu’ils aient une assurance privée ou non.
Pour bénéficier du remboursement, les parents devraient toutefois consulter un optométriste pratiquant au Québec et acheter les lentilles correctrices auprès d’une compagnie établie en sol québécois.