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10:48 27 mai 2020 | mise à jour le: 27 mai 2020 à 10:48

Trois jours pour sauver les camps du Québec, le gouvernement pressé d’intervenir

Trois jours pour sauver les camps du Québec, le gouvernement pressé d’intervenir
Photo: Yves Provencher/Métro

Il ne resterait que trois jours pour assurer la survie financière des camps de jour du Québec, qui doivent rouvrir le 22 juin prochain. Sans une aide gouvernementale d’urgence d’ici vendredi, la grande majorité des établissements seront contraints de fermer leurs portes, s’inquiète un regroupement, alors que des milliers d’enfants pourraient être affectés.

«Les camps du Québec sont prêts à faire preuve de créativité et d’ingéniosité. […] Cependant, nous croyons que le gouvernement a la responsabilité de les soutenir en leur donnant les moyens d’assurer la sécurité des campeurs dans ces circonstances exceptionnelles», écrit le président de l’Association des camps du Québec (ACQ), Steven Grenier, dans une lettre envoyée à François Legault mardi soir.

Il dit espérer que «ce cri du cœur trouve écho» auprès des autorités concernées. Dans les derniers jours, l’organisme avait fait part de ses demandes au gouvernement. Pour offrir un été «sécuritaire» aux jeunes, le réseau estime avoir besoin de 11 M$, entre autres pour revoir les ratios, acquérir du matériel de protection, louer de nouveaux locaux et embaucher plus de moniteurs.

Mais depuis, le gouvernement est trop silencieux. «On nous dit qu’on planche sur des scénarios, mais il n’y a rien de très précis, explique à Métro le directeur général de l’ACQ, Éric Beauchemin. Normalement, vendredi, ça ferait deux semaines que nos précamps de formation auraient commencé. À un moment donné, il faut prendre une décision, parce qu’il y a des enjeux logistiques derrière.»

«J’ai 350 membres derrière moi qui me demandent chaque jour ce qui se passe. Clairement, la fermeture des camps de vacances va mettre encore plus de pression sur les camps de jour.» -Éric Beauchemin

La pérennité des camps aussi en jeu

Si Québec ne réagit pas d’ici «la fin de la semaine», l’ACQ menace d’émettre une directive à ses membres «en leur demandant de ne pas ouvrir leurs portes cet été». Un récent sondage du groupe révélait d’ailleurs que 71% des camps de jour ne pourraient rouvrir de manière sécuritaire sans aide financière, ce qui «plongerait le tiers d’entre eux en faillite».

«On veut des camps cet été, mais on veut aussi en 2021 et dans les années qui suivront. Il faut préserver le maximum d’organisations vivantes pour nos jeunes», illustre M. Beauchemin. La situation est d’autant plus fragile, selon lui, que 75% des camps du Québec sont gérés par des organismes à but non lucratif ou des petites entreprises, qui fonctionnent déjà avec des budgets limités. «Si ces joueurs-là ne sont pas dans l’offre estivale, il va y avoir un enjeu de places. On parle de relance économique, mais sans camps, il y aura des défis importants pour les parents», ajoute le DG.

Ce dernier assure toutefois que peu importe la décision de son association, «chaque organisation sera malgré tout libre» d’ouvrir ou non. «L’orientation stratégique qu’on va donner risque toutefois d’être déterminante, et il faut la donner», raisonne-t-il.

Des défis imposants, reconnaît Québec

Jeudi dernier, en annonçant la réouverture des camps de jour pour le 22 juin, le premier ministre François Legault avait reconnu que le recrutement de moniteurs était un problème important.

«Il faudrait doubler le nombre de moniteurs. C’est un grand défi.» -François Legault, premier ministre du Québec

Selon le chef de la CAQ, la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE) est un «compétiteur», parce que plusieurs jeunes travailleurs reçoivent déjà des revenus suffisants; ils touchent 1250$ par mois, au niveau postsecondaire. Son gouvernement avait dit craindre que cette aide fédérale incite de potentiels moniteurs à «rester à la maison».

Le message des autorités a toutefois été mal reçu par plusieurs jeunes concernés. Dans un reportage de Radio-Canada, samedi dernier, plusieurs d’entre eux ont critiqué cette attitude. «Je trouve ça un peu décevant de nous catégoriser comme la génération des paresseux», a notamment lancé la Montréalaise Raquel Dragan, qui travaille au camp de jour du Collège d’Anjou.

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