Nos commentaires tellement pertinents
Si vous n’avez pas vu la publicité virale que le Directeur général des élections a lancée lundi, vous vivez sûrement sous une roche. La courte vidéo illustre à quel point l’annonce insignifiante du mariage de deux vedettes peut susciter des réactions. Toutes sortes de réactions. Elle se termine par un écran noir sur lequel on peut lire : «On a tous nos opinions. Aux élections municipales, il faut aussi les exprimer.»
Pour susciter l’adhésion, une publicité doit marquer l’imaginaire. Surtout s’il s’agit d’une publicité faisant la promotion d’une action souvent jugée inutile et vraiment plate : aller voter. Le taux moyen de participation aux élections municipales de 2009 a été d’environ 45 %.
Ce désintérêt n’a pas empêché la nouvelle publicité du DGE d’être vue par près de 20 000 personnes en deux jours.
Le succès de cette publicité est largement attribuable au fait qu’elle met le doigt sur quelque chose de très vrai et qui nous concerne tous : l’écart entre la futilité des sujets pour lesquels nous nous emballons en les commentant avec tant de passion et l’importance de faire valoir son opinion, par l’entremise d’un vote, lorsque ça compte vraiment.
Le génie auquel on doit cette publicité est Daniel Ouellet, directeur des créations numériques chez Cossette. Il est David, et le cynisme ambiant est son Goliath. «Le cynisme engendré par les scandales de corruption fait en sorte qu’on ne pouvait pas employer une stratégie positive, dit-il. Les gens sont convaincus que ça ne sert à rien de voter. On a donc choisi la prise de conscience comme approche : tout le monde s’exprime sur tout.»
C’est vrai. Et cela ne contribue pas toujours à élever le niveau. C’est pour cette raison que le site de la revue Popular Science a décidé de fermer sa section commentaires. Il y aurait sûrement eu des mesures moins radicales à cette interruption totale de l’interaction avec les lecteurs, mais le pilier américain de la vulgarisation scientifique a justifié sa position en s’appuyant sur des études démontrant que les commentaires pouvaient avoir un impact négatif sur la compréhension des enjeux scientifiques et exacerbaient la polarisation des débats. Imaginez l’effet qu’ils ont sur la compréhension d’enjeux politiques.
Mais le miroir grossissant que dirige sur nous la publicité du DGE porte surtout sur notre propension à nous exprimer sur des sujets qui n’ont aucune importance et à éviter de nous commettre sur de véritables enjeux. Mon hypothèse pour expliquer cette contradiction? La paresse. Commenter le mariage de deux vedettes, tout le monde peut faire ça sans trop se tromper. Pour pouvoir voter pour le candidat qui reflète le mieux nos valeurs, il faut s’informer des intentions de chacun. À compter d’aujourd’hui, vous avez un mois pour le faire. Ne soyez pas paresseux.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.