Une mère qui se bat pour les couples infertiles
Lorsque Karine Joizil parle de la procréation médicalement assistée, on la sent s’enflammer. La jeune avocate et vice-présidente du Parti libéral du Québec déballe avec conviction les arguments en faveur d’un remboursement total, par le gouvernement, des traitements destinés aux couples infertiles.
Pas étonnant, alors, qu’elle ait réussi à convaincre quelque 600 militants libéraux d’adopter une résolution en faveur d’une telle mesure lors de leur conseil général, qui s’est tenu à Lévis le week-end dernier.
Donner au suivant
Si Karine s’implique avec autant de passion pour la cause des couples infertiles, c’est qu’elle a elle-même dû subir deux traitements de fécondation in vitro avant de tomber enceinte. «Je sais ce que c’est d’être touchée par une incapacité de reproduction, raconte-t-elle. Je comprends la souffrance des couples infertiles et je crois que c’est le devoir de la société de l’alléger.»
Après avoir donné naissance à des jumeaux en mars 2007, Karine s’est donc fait un devoir de s’impliquer auprès de la clinique de fertilité de l’Hôpital Royal Victoria. Elle s’est retrouvée dans le comité organisateur du gala du Fonds des petits miracles, au bénéfice des patients qui n’ont pas les moyens de s’offrir les traitements de fécondation in vitro, dont le coût peut atteindre 10 000 $.
À la suite de cette expérience, elle a décidé de relancer le débat du financement de la procréation assistée au sein du Parti libéral. «C’est inacceptable de réglementer la procréation assistée sans aborder la question du financement», tranche Karine.
Au printemps, le gouvernement a déposé le Projet de loi 23 qui encadre la procréation assistée. L’ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, s’était alors opposé au remboursement des traitements.
Des traitements dispendieux
Plusieurs couples n’ont pas les moyens d’avoir recours à la fécondation in vitro, selon Karine Joizil. «Des crédits d’impôt remboursent une partie des coûts encourus, explique-t-elle, mais encore faut-il pouvoir payer le traitement dans l’immédiat. Pour ce faire, plusieurs couples s’endettent et hypothèquent leur maison.»
Une situation qui est, dit-elle, inacceptable. «Notre système de santé est public et non privé. On a toutefois l’impression qu’il y a une médecine pour les riches et une autre pour les pauvres. Ce ne sont que les gens qui ont de l’argent qui peuvent se payer des traitements de fertilité», fait-elle valoir.
«Le gouvernement couvre déjà les coûts des vasectomies, des ligatures des trompes et des avortements. Pourquoi n’encouragerait-il pas aussi la procréation? renchérit-elle. D’autant plus, que cela ne représenterait qu’environ 30 M$ sur un budget de 3 G$.»
Une résolution qui fera bouger les choses
Karine croit que l’appui des militants libéraux incitera le gouvernement à revoir sa position. «Le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc, s’est montré favorable à notre résolution. Ce n’est plus qu’une question de temps», estime-t-elle.
Son implication ne s’arrête toutefois pas là. Elle entend bien continuer de parler de la procréation assistée afin de faire tomber les préjugés et de sensibiliser la population à ses enjeux. En plus de tout cela, elle souhaite adopter un troisième enfant.