Le Nunavut fête ses dix ans
Aujourd’hui, le Nunavut célèbre les 10 ans de sa séparation des Territoires du Nord-Ouest. À l’occasion de cet anniversaire, Métro s’est entretenu avec l’anthropologue Louis McComber, qui y a vécu 12 ans.
Quelle est la situation générale au Nunavut, 10 ans après sa fondation?
Dix ans plus tard, le Nunavut reste aux prises avec des défis de taille. Côté éducation, même si on commence à voir plus de diplômés universitaires, le taux de décrochage reste important, surtout chez les jeunes garçons. Les femmes représentent ainsi près de 70 % des employés inuits du gouvernement du Nunavut.
D’un point de vue politique, la création du Nunavut a permis aux Inuits de s’impliquer dans les prises de décision qui les concernent, par exemple l’utilisation de l’inuktitut comme langue de travail. Par ailleurs, depuis 1999, le Nunavut s’est ouvert aux compagnies minières qui explorent des territoires énormes et riches en ressources naturelles. En santé, le Nunavut bat toujours des records assez sinistres avec, par exemple, un taux de suicide et de maladies transmises sexuellement qui fracasse les moyennes canadiennes.
Quels dégâts notre culture a-t-elle causés à la leur?
Les Canadiens valorisent la propriété, alors que chez les Inuits, traditionnellement, plus tu partages, plus tu es considéré par la communauté. En introduisant des salaires et le compte en banque, on a introduit un système qui crée des inégalités qui n’existaient pas avant. Globalement, le Canada a attendu les années 1950 pour développer des services dans le Nord et le Nunavut en paie le prix aujourd’hui.
Qu’a-t-on à apprendre des Inuits?
D’abord l’humilité. Chez les Inuits, c’est mal vu de se booster l’ego. Ceux qui sont très forts ne le manifestent pas, ce sont des gens discrets et patients.
À qui a profité la fondation du Nunavut?
Aux Inuits d’abord. Il y en a de plus en plus qui ont une formation académique et qui travaillent dans l’administration publique. Mais la création du Nunavut a aussi facilité l’accès aux ressources naturelles. Un faible pourcentage seulement de ces revenus retournera aux communautés. Pour le gouvernement du Canada, le Nunavut est un réservoir encore inexploité de richesses naturelles non renouvelables. Un jour, les royautés payées par les compagnies minières rembourseront toutes les dépenses engagées dans ce territoire.
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