La drogue dans les écoles, un fléau aux proportions surprenantes
Des jeunes «gelés» au quotidien, du hasch, du pot et du speed offerts sans gêne dans les cours d’école, des jeunes de 13 ans en désintoxication. Pendant un an, la journaliste Sophie Bélanger a tout vu. Documentées dans la série La drogue à l’école, diffusée ce soir, puis le 6 et le 13 octobre à Canal Vie, les découvertes de Mme Bélanger ont de quoi choquer. Métro s’est entretenu avec la journaliste afin de faire le point sur un problème inquiétant.
Avez-vous été surprise de voir à quel point la drogue était accessible dans les écoles secondaires de la province?
Oui, j’ai été surprise. Au départ, on pensait savoir ce qu’on allait trouver, on savait que c’était un lieu commun de dire qu’il y avait de la drogue dans les écoles. Mais on avait tellement mal évalué la situation! On a été complètement soufflés par l’accessibilité de la drogue et par sa banalisation par les jeunes.
Avez-vous senti une réelle préoccupation de la part des professeurs?
Beaucoup de professeurs me demandaient : «Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse?» C’est vrai qu’on en demande déjà beaucoup aux professeurs. Est-ce qu’on peut, en plus, leur demander d’avoir des antennes pour détecter qui a de la drogue sur lui ou qui en consomme? La solution passe plutôt par les intervenants en toxicomanie. Le problème, c’est que plusieurs de ces postes ont été abolis dans les années 2000.
Vous indiquez qu’au départ, il était prévu que pour chaque groupe de 3 000 élèves, un intervenant en toxicomanie serait dépêché. Qu’en est-il vraiment?
Cette recommandation provenait du rapport Bertrand, qui a été produit dans les années 1980, et n’a jamais été appliquée. Le plus absurde, c’est que personne ne peut nous dire aujourd’hui quel ratio intervenant-élèves existe, quel argent est accordé aux écoles pour engager des intervenants et ce que les écoles font vraiment de cet argent.
Quelle serait la solution pour réduire l’emprise de la drogue sur les écoles et leurs élèves?
Il y a des interventions qui ont cours. Certaines écoles n’attendent plus l’argent du gouvernement du Québec. À Dolbeau, au Saguenay, le speed est débarqué comme un raz-de-marée il y a cinq ans. Devant le fléau, les directeurs des écoles se sont regroupés et ont demandé à la commission scolaire de débloquer un budget de 1,5 M$ pour lutter contre le problème. Des intervenants ont été engagés, un centre de jour a été aménagé et, depuis, la consommation de drogue dans la région a diminué de moitié. Il faut des initiatives locales, parce que rien ne vient d’en haut.
Le crime organisé est-il derrière les élèves qui vendent de la drogue dans les cours d’école?
Je n’ai pas rencontré un jeune qui m’a dit que les Hells étaient derrière lui. Mais on s’entend que ce n’est pas Ramdam qui contrôle le marché de la drogue dans les écoles. Ces ados ne cultivent généralement pas leur propre drogue. Il faut donc que quelqu’un la leur fournisse. Ce qu’on ne sait pas, c’est si ce sont les gangs de rue, les motards ou un autre groupe criminalisé qui s’en chargent.
Les parents ont-ils une part de responsabilité?
Loin de moi l’idée de montrer du doigt quelqu’un pour expliquer ce problème. Je pense que c’est un ensemble de personnes qui ne prennent pas leurs responsabilités, ce qui fait en sorte qu’on est en train d’échapper toute une génération de jeunes.
Quelle réaction souhaitez-vous que votre documentaire déclenche?
J’espère que ça va réveiller les gens. Le but du documentaire n’est pas de dire à qui c’est la faute. Le message, c’est plutôt : «Vous pensiez savoir ce qui se passait dans les écoles? Voici la réalité. Qu’est-ce qu’on fait maintenant?»
La drogue à l’école
Aujourd’hui, le 6 et le 13 octobre
20 h au Canal Vie