Plaidoyer pour abolir la pratique du plus bas soumissionnaire
Un mémoire déposé mercredi devant la commission Charbonneau recommande d’abolir la pratique d’octroi des contrats publics au plus bas soumissionnaire.
PMI-Montréal, une association professionnelle en gestion de projet, croit que cette façon de faire limite la créativité et l’innovation dans les propositions de projets.
«Pour le pont Champlain, on a choisi le plus bas soumissionnaire, c’est-à-dire le pire projet. Plutôt que la structure dure 100 ans, elle dure 50 ans, et ça nous coute des centaines de millions de dollars pour la réparer», dénonce Benoît Lalonde, président de PMI-Montréal.
Bien qu’il soit conscient que l’abolition de cette pratique n’éradiquerait pas la collusion, elle la rendrait toutefois plus difficile, dit-il.
«Si on enlève le plus bas et le plus haut soumissionnaire en établissant plutôt des critères qualitatifs de sélection du projet, ce ne sera pas impossible, mais beaucoup plus compliqué de jouer avec le système comme certaines entreprises le font actuellement en se distribuant les contrats», ajoute M. Lalonde.
Le maire de Montréal, Denis Coderre, avait lui aussi fait part de son intention en campagne électorale de demander à Québec d’abolir cette loi. Le cabinet du maire a réitéré cette volonté politique à Métro, mercredi, ajoutant que «le gouvernement du Québec est ouvert au dialogue [à ce sujet]».
Par ailleurs, le conseil municipal a également adopté à l’unanimité en mai dernier une motion demandant à Québec de renforcer la loi péquiste sur l’intégrité en matière de contrats publics. Les élus sollicitent le gouvernement afin qu’elle s’applique également aux contrats de services professionnels pour tous travaux de construction en matière de voirie, d’aqueduc ou d’égout de la Ville de Montréal ainsi qu’aux contrats d’approvisionnement en asphalte.
PMI-Montréal fait également la promotion, au sein de leur mémoire, d’une meilleure gestion des projets dans l’appareil gouvernemental pour limiter la facturation d’extras.
«Pour passer d’une phase à une autre d’un projet, un comité devrait par exemple se réunir pour approuver ce passage. C’est beaucoup plus difficile de corrompre un comité au complet que de corrompre une personne», propose M. Lalonde qui reproche également le fonctionnement cloisonné des projets publics, alors que plusieurs personnes se distribuent la gestion des différentes phases.
Cette meilleure gestion de projets publics permettrait également d’optimiser l’efficacité des réalisations gouvernementales ou municipales, croit-il, faisant échos aux propos rapportés à la commission Charbonneau.
«Si le projet est bien identifié et planifié, il ne devrait pas avoir d’imprévus et d’ajouts au contrat et les citoyens en auraient plus pour leur argent, regrette M. Lalonde. La gestion de projet, ça impose une rigueur qui, je crois, devrait davantage être considérée.»