Climat: des cibles pas assez ambitieuses en vue de Paris
Les cibles de réduction des gaz à effet de serre mises sur la table par près de 140 pays en prévision de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) sont encore largement insuffisantes, note Patrick Bonin, qui suit actuellement les négociations préparatoires à Bonn, en Allemagne, pour le compte du Réseau action climat et de Greenpeace Canada.
En quoi consistent ces négociations de Bonn?
C’est l’ultime session de négociations avant la Conférence de Paris, qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre. L’objectif est de rédiger le texte qui sera au centre des discussions entre les 195 pays de la planète qui assisteront à la conférence. Il s’agit également d’avancer le plus possible les négociations pour que les chefs d’État arrivent à une entente et qu’on évite un échec comme celui de Copenhague en 2009. C’est aussi le dernier moment pour inclure dans le document, qui fait actuellement 34 pages, certains enjeux ou éléments de préoccupation.
Quels sont les avancées et les blocages?
Les pays s’entendent pour réduire leurs émissions, mais ne s’entendent pas sur l’ampleur des réductions. Certains pays insulaires qui pourraient être directement touchés par la montée des eaux pensent qu’il faut limiter le réchauffement à 1,5°C, d’autres tablent sur 2°C. Le problème, c’est que les cibles déjà annoncées par 146 pays qui produisent 87% des émissions mondiales sont insuffisantes et occasionneraient un réchauffement de 3°C, ce qui serait catastrophique. Et c’est sans parler des fonds promis pour aider les pays en développement à faire face à la crise climatique. Les pays développés ont promis 100G$ par an d’ici 2020. Or, en date de 2013, seul 1,5G$ a été versé en subventions publiques pour s’adapter aux impacts du changement climatique et environ 10G$ de subventions supplémentaires ont été investi pour réduire les émissions. De plus, à peine 25% de l’argent de 2013 étaient versé sous forme de subventions publiques, le reste étant en finances privées et en prêts qui devront être remboursés.
Que faut-il attendre du Canada post-Harper?
Le Canada a obtenu six prix Fossile de l’année lors des rencontres internationales sur le climat. On s’attend à des améliorations, mais le chef libéral Justin Trudeau est le seul à ne pas avoir annoncé de cible de réduction des GES durant la campagne électorale. Pour passer de dernier à premier de la classe, le Canada devra arrêter de creuser pour exploiter ses sables bitumineux, proposer une cible plus ambitieuse pour 2025 et offrir 4G$ par an à partir de 2020 pour aider les pays les plus pauvres à effectuer leur transition énergétique vers les énergies propres. Ces pays doivent également être épaulés pour faire face aux dégâts occasionnés par les catastrophes climatiques, dont l’aggravation est en grande partie causée par l’activité économique des pays industrialisés.
«Les pays s’entendent pour réduire leurs émissions, mais ne s’entendent pas sur l’ampleur des réductions. Certains croient qu’il faut arriver à 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050, d’autres, d’ici 2100.» Patrick Bonin, Réseau action climat
AJOUT : Les ONG ont été exclue de leur statut d’observateurs au négociations de Bonn mardi. Lire ici