Podz nous parle de son «film sur la vérité»
«Ce n’est pas un documentaire, c’est un film», affirme Podz au sujet de L’affaire Dumont. Un drame saisissant qui relate le parcours d’un père de famille accusé, jugé et condamné pour une agression sexuelle qu’il n’a pas commise. Reste que le cinéaste n’est jamais loin de la vérité avec sa dernière œuvre… Entretien.
Votre film, aussi rude soit-il, en est aussi un qui nous fait croire à l’amour lorsqu’on voit comment Solange, la femme de Michel Dumont, se bat pour laver sa réputation…
Good! Tant mieux! C’est vrai que ça montre tout ce que l’amour peut faire, cette histoire!
Dans votre film, on réalise à quel point, sans l’arrivée de cette femme dans sa vie, le destin de Michel Dumont aurait été différent…
Oui. Je pense qu’il a eu besoin de la rencontrer pour pouvoir devenir un homme. Avant, du moins si on parle du personnage qu’on a créé, il était un peu perdu. Il a été emporté par un raz-de-marée, et tout d’un coup, il a trouvé une balise sur laquelle s’accrocher et flotter. Cette balise-là, c’était Solange… Je suis content que ça ressorte dans le film.
Est-ce que le sceau du «basé sur une histoire vraie» était particulièrement contraignant pour vous?
C’était tough, oui, parce qu’il y avait plein de gens dans cette histoire qui ne voulaient pas forcément voir ces aspects-là de leur vie sur grand écran. En même temps, je suis convaincu que tout ce qu’on montre, ça s’est passé de même. Basé sur des verbatims de cour, basé sur des notes sténographiques, basé sur tout ce que j’ai entendu, vu et observé… C’est sûr qu’il y a plein de parties – que je ne nommerai pas – qui avaient intérêt à ce que certaines choses ne se disent pas, mais je suis content qu’on soit arrivés à les dire quand même. Parce que c’est le propos du film aussi : on décrit un système qui permet l’incompétence. Mais à un moment donné, ce n’est pas un documentaire que j’ai fait. C’est vraiment un film.
Vous dites qu’il y a des gens «qui n’avaient pas intérêt à ce que certaines choses se disent». Est-ce qu’on vous a mis des bâtons dans les roues?
Pas des bâtons, non, mais il y a eu des gens frileux qui se sont manifestés. Ils n’ont pas essayé de nous empêcher de faire le film, mais tout comme. Reste que c’est normal que ça arrive quand on aborde un sujet comme celui-là. Je pense qu’on s’en est quand même bien sortis…
Est-ce que vous pensez que votre film aura un petit impact sur le système judiciaire?
Je ne sais pas! (Rires) Je ne pense pas que ça va changer quelque chose, parce que ce sont des valeurs qui sont trop profondément ancrées.
Vous avez beaucoup étudié cet univers avant de tourner?
Pas mal, oui. On est passés à travers plein de dossiers de cour pour voir comment ça se déroulait. Surtout Danielle Dansereau [scénariste]. C’est elle qui s’est tapé le vrai travail de moine : les archives. C’est la bible de l’histoire Dumont! Mais moi aussi, je me suis impliqué, je suis allé en cour pour voir comment ça se passait.
Qu’est-ce que vous aimeriez que les gens retiennent de L’affaire Dumont?
Qu’il faut être vigilant. Si tu dois te faire représenter [en justice], fais attention à qui te représente, et comment. Et si tu as besoin d’aide, demandes-en. Parce que sinon, tu vas te faire bouffer! C’est vraiment un système conçu pour n’avoir aucune empathie.
L’affaire Dumont rappelle aussi que la réputation est une chose fragile et facile à détruire.
Oui, ça se fait très vite, et c’est dangereux. Il faut donc faire attention. C’était un peu le propos de 10 1/2 aussi. Sauf que j’y disais : faites attention à vos enfants et à la manière dont vous les élevez. Là, c’est : faites attention à la manière dont vous êtes traité par les forces autour de vous.