Culture

Il y a longtemps que je t'aime: L'appel de l'image

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Philippe Claudel a évolué tout naturellement vers la réalisation. L’écrivain français qui a plusieurs romans à son actif (Le rapport Brodeck, Les Âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh) est aussi scénariste pour le cinéma de­puis plusieurs années.
Un métier que peu de gens savent qu’il exerce, mais qui lui a permis de passer derrière la caméra pour réaliser, Il y a longtemps que je t’aime, son premier film. Un long métrage qui met en vedette Elsa Zylberstein et Kristin Scott-Thomas dans les rôles de deux sÅ“urs se réapprivoisent après 15 ans loin l’une de l’autre.

«Le public ne me connaît que comme romancier, alors que ce qui m’occupe le plus depuis 10 ans, c’est le cinéma, souligne le réalisateur, qui a fait un arrêt à Montréal cette semaine avant de se rendre au Festival du film de Toronto où son film sera présenté. C’est assez banal que des scénaristes passent derrière la caméra après quelques années.»

Ce qui a cependant pous­sé Philippe Claudel à faire le grand saut en tant que réalisateur c’est l’histoire puissante de Il y a longtemps que je t’aime, qu’il a imaginé et qu’il ne voyait pas autrement qu’au grand écran.

«Quand on a des histoires qui sont vraiment fortes, comme celle-là, on les voit, on a envie de les fabriquer soi-même, explique le cinéaste dont le roman Les Âmes grises a déjà été adapté au cinéma par Yves Angelo. J’avais vraiment envie de travailler avec des comédiens, avec de la lu­mière et avec du son. Et surtout cette histoire ne me paraissait envisageable qu’au ciné­ma. À aucun mo­ment je n’ai pensé en faire un roman. C’était les moyens du cinéma qui m’ont intéressé pour raconter cette histoire.»

Les femmes
L’histoire de rédemption et de pardon écrite par Claudel pour le cinéma n’est pas étrangère à son univers littéraire marqué par le manichéisme, mais elle met en vedette des femmes, une nouveauté pour l’auteur qui crée des histoires où les hommes ont souvent des rôles de premier plan.

Cette exploration n’est pas étrangère à la comédienne Elsa Zylberstein qui a poussé le réalisateur, un ami, à écrire un film avec des personnages centraux féminins. Claudel a donc écrit le rôle de Léa pour l’actrice française qui l’a reçu comme un cadeau.

«Ce qui m’a plu dans le scénario, c’est tout le sous- texte, affirme la principale intéressée. Je me suis dit que j’allais pourvoir créer un personnage qui en apparence est plutôt bien, mais qui, lorsque sa sÅ“ur revient après 15 ans, craque. J’ai aimé le fait que le film se construise avec des non-dits.»

L’actrice s’est donc laissée guider par un réalisateur néophyte qui a décidé de mettre à nue ses actrices en leur demandant de jouer sans maquillage.
«Au début, j’avais un peu peur, mais en fait c’est mieux. Je trouve qu’on sent nos âmes, on sent nos cÅ“urs qui battent sans maquillage. Ç’a aidé à la performance.»

La suite
Avec plus d’un million d’entrées en France et le succès critique de sa première Å“uvre cinématographique, Philipe Claudel a toujours de la difficulté à se qualifier de «réalisateur». Il dit plutôt qu’il a fait un film. Il ne se dit pas non plus écrivain, il écrit des livres. En l’occurrence, il a en a écrit plus de 25.

L’auteur, scénariste et, maintenant, cinéaste n’a d’ailleurs pas de plan quant à ses différentes carrières. Il fait les choses quand il en a envie.

«J’ai toujours gardé mon poste de professeur à l’université de Nancy, j’y suis à mi-temps, mais j’ai toujours gardé mon « vrai » travail, si je peux dire, pour ne pas être obligé d’aller sur des projets sans trop les vouloir. Mes producteurs veulent que je fasse un deuxième film, mais j’attends d’être habité par un sujet. Pour un roman c’est pareil.»  

Il y a longtemps que je t’aime
En salles le 12 septembre

Articles récents du même sujet