Culture

Ici et nulle part ailleurs

Jay Baruchel en a toujours fait à sa tête. Contrairement à la majorité des acteurs, qui emménagent en Californie dans l’espoir de faire carrière aux États-Unis, le jeune homme de 26 ans n’a jamais voulu quitter son patelin d’origine pour satisfaire aux deman­des répétées de ses agents américains.

Contre vents et marées, Jay Baruchel reste fidèle à Montréal. «Au début, on me disait : « Jay, tu dois aller vivre là-bas, le temps de te bâtir une carrière. Après tu pourras faire comme Ewan McGre­gor et te cloîtrer en Écosse. » Mais je n’en avais pas envie, raconte-t-il. Bien avant que je puisse me permettre d’être difficile, je l’étais. À l’époque où personne ne savait qui j’étais, je refusais de passer certaines auditions, parce que ça signifiait être loin de la maison pour une longue période de temps.»

L’obstination du comédien aurait pu lui coûter cher, mais un seul coup d’Å“il à sa feuille de route suffit pour lui donner raison. De Million Dollar Baby, récipiendaire de l’Oscar du Meilleur film en 2005, à Knocked Up, la comédie la plus populaire de 2007, le petit Canadien a réussi à se tailler une place de choix parmi le gratin hollywoodien. Le 13 août, on le verra au côté de Ben Stiller et de Jack Black dans Tropic Thunder. Cet automne, il sera à l’affiche de pas moins de trois films : Fan­boys, de Kyle Newman, Real Time, de Randall Cole, et She’s Out of my League, de Jim Field Smith.

C’est en restant à un pâté de maisons de chez sa mère, dans un appartement qu’il partage avec deux amis d’enfance, que Jay Baruchel a réalisé cet exploit. Grâce à de fréquents vols aller-retour Los Angeles-Montréal, l’acteur n’a jamais dérogé à ses principes… ou presque. «De temps en temps, tu dois accepter certaines jobs [qui ne te plaisent pas], parce que le loyer ne se paie pas par lui-même et la nourriture pour chat non plus», note-t-il, sourire en coin.

De Montréal à Halifax

Ce n’est pas à Hollywood, mais à Halifax, en Nouvelle-Écosse, que Jay Baruchel a dû s’expatrier pour le tournage de Just Buried. Le long métrage du Canadien Chaz Thorne, qui prend l’affiche demain, est une comédie impitoyablement morbide qui traite d’ambition, de sexualité et de mort. Baruchel y incarne l’héritier d’un salon funéraire voué à l’échec, situé dans un petit village où personne ne meurt. Avec l’aide de sa petite amie embaumeuse (Rose Byrne), il ressuscitera l’entreprise de son défunt père en supprimant les habitants de la municipalité. «Just Buried est le genre de film que j’irais voir par moi-même, indique l’acteur. Plus ma carrière progresse, plus j’ai l’impression de jouer dans des trucs qui reflètent qui je suis. Quand je lis un scénario qui me plaît, c’est la même chose que quand je rencontre une fille qui me branche : j’ai des papillons dans le ventre et je me dis : « Aucune chance que cette fille soit célibataire ou que ce rôle soit encore disponible. » C’est ce qui s’est produit pour Just Buried.»

Une retraite prématurée?

Si Jay Baruchel a le sourire facile par les temps qui courent, c’est parce qu’il s’apprête à tourner pour la première fois dans un film à Montréal. Dans Trotsky, de Jacob Tierney, l’acteur se glissera dans la peau d’un jeune homme convaincu d’être la réincarnation de Léon Trotsky, le révolutionnaire russo-soviétique. L’an prochain, il partagera la vedette de Jay and Seth vs. The Apocalypse avec son ami Seth Rogen (Knocked Up, Superbad). La comédie est basée sur le court métrage du même nom, qui fait fureur sur YouTube.

Parmi les projets d’envergure de Baruchel, on note aussi la réalisation de son premier long métrage, à partir d’un scénario qu’il vient tout juste de finir d’écrire avec Evan Goldberg, un ancien de McGill. «Tout ce que j’ai toujours voulu faire, c’est écrire et réaliser, révèle-t-il. Le jeu, ce n’est pas ma raison d’être. Ce n’est pas la première chose à laquelle je pense en me levant le matin. Ça ne m’empêche pas d’être très reconnaissant envers tout ce que ça m’a apporté, à moi et à ma famille, mais je veux bientôt prendre ma retraite du métier d’acteur.»

Une révélation pour le moins surprenante, venant d’un jeune homme dont la carrière a le vent dans les voiles. Mais comme Jay Baruchel a l’habitude de tenir ses promesses, il ne faudrait pas s’étonner de le voir bientôt délaisser le feu des projecteurs.

Just Buried
En salle dès demain

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