Culture

Entrer dans la lumière avec Carlos Reygadas

Carlos Reygadas est un drôle de numéro. Ancien membre de l’équipe mexicaine de rugby, ill a abandonné le sport pour se spécialiser dans les conflits armés à Londres et ainsi joindre les rangs de l’Organisation des Nations unies. Il y a dix ans, le touche-à-tout a une fois de plus changé de parcours en épousant la carrière de cinéaste.

Depuis ses débuts, il a signé trois longs métrages. Le premier, Japon, traçait déjà le sillon d’un cinéma exigeant et puissant en mettant en scène le périple d’un homme usé qui se rend au fin fond du Mexique pour se préparer à la mort. Le second, Batalla en el cielo (Bataille dans le ciel), traitait de l’enlèvement d’un enfant.

Sa troisième et dernière offrande, Stellet Licht (Lumière silencieuse), plonge dans l’univers des mennonites du nord du Mexique. En contradiction avec la loi de Dieu et des hommes, Johan, marié et père de famille, tombe amoureux d’une autre femme.

Métro a rencontré le fascinant réalisateur.

Qu’as-tu fait depuis Bataille dans le ciel?

Après Bataille dans le ciel, j’avais besoin de paix. Je suis parti au Nord du Mexique, à la campagne, afin de compléter certaines idées qui trottaient dans ma tête. C’est là que j’ai décidé de tourner mon nouveau film avec une petite équipe : onze personnes, lumière naturelle, etc.

C’est donc une réaction à Bataille dans le ciel qui était plus sombre et dur…

Oui, je crois que chaque film qu’on fait est une réaction au précédent. D’ailleurs, j’ai envie de complètement autre chose après Lumière silencieuse. Parce qu’on voit un film tellement de fois lors du processus de fabrication, notamment en post­-production. Au bout d’un moment on a qu’une envie, c’est de passer au suivant!

Les mennonites sont les stars du film. Voulais-tu parler de cette communauté en particulier?

Dans les grandes villes du Mexique, ces gens vendent du fromage aux feux rouges! Mais lorsqu’on se rend dans les régions où ils vivent, on découvre des choses très intéressantes. Par exemple, qu’ils ont développé un système économique autonome et que les valeurs familiales se substituent au gouvernement et à la politique. Mais ce qui m’intéressait avant tout, c’est l’histoire d’amour, l’histoire universelle que nous connaissons tous. La communauté mennonite, c’est juste un contexte.

Comment as-tu convaincu des non-professionnels de tourner dans le film?

Je leur ai raconté qui j’étais, comment je vivais ma vie, de quoi parlerait le film et je leur ai dit que ce serait une expérience merveilleuse pour eux, et pour leur culture.

Tu aimes faire durer tes plans, les faire «respirer»…
Parce que c’est comme ça que j’aime vivre ma vie. Si peu de gens prennent le temps de contempler la beauté du monde de nos jours. Il y a plein de choses dégoûtantes autour de nous, mais la vie est toujours merveilleuse. Même quand est dans la merde! [rires]

As-tu longtemps bossé sur le montage?

Je suis parti plusieurs semaines avec ma copine et un petit ordinateur. Nous avons travaillé dur, six jours sur sept. J’ai essayé de capturer le côté organique des images et des sons, et ce sont eux qui m’ont dit quand il fallait couper.

Est-ce difficile de financer tes films?

Oui. Mais pas plus que ça ne devrait l’être. Je veux dire : «Pourquoi quelqu’un accepterait-il de te donner de l’argent sans être sûr de récupérer la mise?» Tu sais, si tu veux gagner de l’argent facilement, il suffit de dire oui à tous les scénarios que les grands studios veulent tourner. Mais personne ne te donnera facilement de l’argent pour réaliser tes rêves. Personne.

Stellet Licht
En salle dès aujourd’hui

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