Culture

Les citrons de la colère

Belle réussite que Les citronniers du cinéaste israélien Eran Riklis qui prend l’affiche à Montréal cette semaine. Fable mo­derne et pessimiste sur le conflit israélo-palestinien, le film raconte la saga juridique de Salma, une jeune veuve palestinienne de Cisjordanie, qui désire récupérer son petit verger de citronniers – hérité de son père – saisi par Tel-Aviv.

Située devant la nouvelle résidence du ministre de la Défense de l’État hébreu,
la plantation représente selon les services secrets israéliens une menace potentielle à la sécurité du politicien.

Film réaliste

«Je ne pense pas que ça soit un film pessimiste, s’empresse de préciser au téléphone Eran Riklis. C’est un film réaliste sur la situation qui sévit dans cette partie du Proche-Orient où personne ne fait de véritables efforts pour trouver une solution. Le conflit empoisonne tous les aspects de la vie quotidienne, et des gestes comme travailler ou cueillir des fruits deviennent difficiles.»

Si le film n’a pas connu un grand succès en Israël, il a été bien reçu en Europe, décrochant au passage le prix du public au dernier Festival de Berlin.

Pas de parti pris

«Je pense qu’en lisant le résumé des Citronniers, les cinéphiles israéliens ont eu peur que ce soit un film pro-palestinien. Or il n’est ni pro-palestinien, ni pro-israélien. J’ai une approche humaine. Ce qui m’intéresse, c’est de parler avec honnêteté de la souffrance de ceux qui vivent cette situation, quel que soit le côté du mur où ils habitent», se défend le réalisateur né à Jérusalem et élevé aux États-Unis, au Canada et au Brésil.

Véritable vent de fraîcheur qui rompt avec la polarisation médiatique du conflit, le film évoque avec justesse les effets de cette confrontation sur le quotidien des gens.

Pas juste en noir et blanc

«Les médias ont tendance à décrire ces affrontements en noir et blanc, sans insister sur les nuances, dit Riklis. Et avec le temps, on ne se représente ces événements qu’à travers le prisme du noir et du blanc.»  

Écorcher la classe politique

L’approche humaniste de Riklis lui permet d’écorcher la classe politique et les opportunistes qui voient dans ce conflit des occasions d’avancement.

«Les leaders des deux côtés ne sont pas différents. Ils ne veulent pas vraiment connaître la réalité et les désirs de Salma. Elle ne compte pas dans la balance, la cause doit passer avant tout. Ici aussi, je me suis inspiré de la réalité. Quand s’intéresse-t-on à la souffrance et à la solitude des victimes de ces conflits?» demande le récipiendaire du Grand Prix des Amériques de l’édition 2004 du FFM avec La fiancée syrienne.

En route vers la Russie

Pour les prochaines années, Riklis abandonnera le Proche-Orient pour se consacrer à un road movie racontant les aventures d’un directeur des ressources humaines qui doit ramener en Russie le corps d’un travailleur russe mort à l’étranger. Un nouveau projet qu’il envisage avec enthousiasme. «Ça va me faire du bien de quitter un peu cette région du monde.»

Les citronniers
En salle dès le 2 septembre

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