Elle veut le chaos: Pas tout cuit dans le bec
Avec son nouveau film, Elle veut le chaos, Denis Côté souhaite faire travailler le spectateur. Pas question pour lui de prendre par la main les cinéphiles qui fréquentent les salles obscures pour se «divertir» dans son western glauque.
Sa proposition cinématographique en noir et blanc ne donne pas toutes les clefs pour comprendre l’histoire de Coralie. Celle-ci, interprétée par Ève Duranceau, vit dans un village aux abords d’une grande route aux airs de no man’s land avec son père (Normand Lévesque) et Pierrot (Laurent Lucas), un ex-prisonnier qui vient tout juste de resurgir dans leur vie. La jeune femme souhaite sortir de ce coin perdu, s’éloigner notamment de voisins bandits (Réjean Lefrançois, Nicolas Canuel et Olivier Aubin), pour ainsi se libérer des lourds secrets du passé.
Ces secrets, le réalisateur se garde bien de les dévoiler. La trame narrative du scénario est remplie de trous; et ne cherchez pas les flash-back explicatifs, tout le film se déroule au présent. «Ce film-là fonctionne un peu par provocation, c’est-à-dire que j’ai tout construit l’histoire avec des blancs, explique l’ancien critique de cinéma. Le plaisir ou le déplaisir du spectateur vient du fait qu’on lui demande de travailler et de remplir ces trous. Si tu veux embarquer et essayer de les remplir, tu risques d’avoir du fun; sinon, si tu n’embarques pas là-dedans, tu te demanderas tout le long le pourquoi des choses.»
Certains pourraient voir dans cette façon de faire du cinéma un pari risqué, mais Denis Côté adore jouer au chat et à la souris avec les cinéphiles. Il l’a d’ailleurs fait avec ses deux premiers longs métrages, Les états nordiques et Nos vies privées. Tout comme ces deux premiers essais, qui se sont promenés dans de multiples festivals internationaux, Elle veut le chaos semble avoir plu aux cinéphiles avertis de ces circuits. Le film a, entre autres, remporté le Léopard d’argent – Prix de la mise en scène au 61e Festival international du film de Locarno.
Défi d’acteur
De leur côté, les acteurs ont eu droit à toutes les explications pour préparer leur rôle. Malgré cela, interpréter des personnages qui n’ont pas beaucoup de dialogues peut s’avérer tout un défi. Ève Duranceau, qui avait déjà campé un rôle muet dans le film de Catherine Martin Dans les villes a adoré relever celui-ci.
«C’était un défi de trouver le ton de ce personnage-là, souligne celle qu’on a pu voir dans les films Bluff et Le banquet. On n’a pas fait de répétition; alors ç’a vraiment été un travail d’instinct. Il y avait toute une charge émotive à porter. Il fallait faire en sorte que les gens s’attachent à Coralie, malgré le fait qu’elle soit très réservée et très malheureuse. Quand il n’y a pas beaucoup de dialogues, il faut développer l’intériorité du personnage dans le détail.»
Prochain projet
Alors qu’Elle veut le chaos sort en salle aujourd’hui, Denis côté vient tout juste de terminer son nouveau projet. Carcasses, qui devrait prendre l’affiche au printemps de 2009 est également un objet cinématographique assez difficile à cerner. Ici, pas de scénario et pas d’acteurs professionnels, seulement un cimetière d’autos dans une forêt de Saint-Amable et un propriétaire de 74 ans, complètement excentrique. «Si les gens pensaient que je m’en allais vers quelque chose de plus commercial avec Elle veut le chaos, je viens de retomber dans ce qu’il y a de plus radical!» affirme le cinéaste.