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Les détournements urbains de Roadsworth : Crossing the line

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Il y a quatre ans, l’arrestation de Peter Gibson, alias Roadsworth, soulève un tollé. Celui qui habille les rues de Montréal d’images faites au pochoir avec de la peinture en aérosol doit répondre devant la Justice de 85 accusations de méfait public.

Les citoyens, qui se plaisent à voir ses vignes grimpant sur les lignes séparatrices de la chaussée et ses prises électriques qui ornent les stationnements de la ville, ne souhaitent pas que l’artiste soit puni pour sa forme surprenante d’art. Commence alors un débat sur la liberté d’expression et l’utilisation de l’espace public.

Est-ce que cette pratique doit être considérée comme du vandalisme, à l’instar des graffitis, ou comme de l’art?

Le réalisateur du film Roadsworth : Crossing the Line, Alan Kohl, avait déjà commencé à s’intéresser à ces Å“uvres sur l’asphalte en 2004, quelque temps avant l’arrestation de Roadsworth. Il cherchait alors à décou­vrir qui donnait un nouveau visage à certains passages piétonniers de Montréal. À sa grande surprise, Peter Gibson s’est révélé être en fait une connaissance avec qui il avait jammé quelques fois.

Au départ, le projet est de faire un court métrage, mais plus l’histoire de Roadsworth prend de  l’ampleur dans les médias, plus le cinéaste y voit le potentiel de faire un documentaire complet sur ce peintre hors-norme.

«Après son arrestation et après qu’il a commencé à donner des entrevues, j’ai continué à le filmer et je me suis dit : « Il y a une vraie histoire qui s’écrit ici », note le cinéaste. Sa carrière est en train de prendre son envol. Il commence à être populaire, ça peut être intéressant.»

Dans la tête de l’artiste

Effectivement, le nom de Roads­worth fait le tour du monde, et Gibson est invité en France et en Angle­terre pour laisser son empreinte dans les rues de quelques villes.

Ce jeune Torontois vivant à Montréal commence à avoir des contrats, mais aussi à s’interroger sur sa démarche artistique qui est en train de changer. Il n’a plus besoin de pratiquer son art dans l’illégalité…

«Il y a l’histoire de Peter que le public connaît et celle qui était privée, souligne le réalisateur. Et c’est ce qui fait l’essence du film. Il y a une histoire plus large sur un gars qui essaie de trouver sa voie d’artiste et sur la manière dont son travail a affecté l’espace public.»      

D’ailleurs, la fin du film montre un Roadsworth qui, au bout du compte, n’a pas de dossier criminel et qui a reçu une offre de la Ville pendant son procès en 2004. En effet, la ville de Montréal a offert du travail à l’artiste : entre autres, on lui a demandé de réaliser le jeu d’échecs géant sur la place Émilie-Gamelin. Ce nouveau statut provoque d’autres questions chez le créateur, que le film met en lumière. Est-il utilisé par la Ville ou est-ce lui qui l’utilise?

«Il [explique] dans le film que, maintenant qu’il fait de gros contrats, quelque chose lui manque, raconte Alan Kohl. On le voit donc refaire des Å“uvres illégales, mais il se rend compte qu’il ne peut retourner en arrière et qu’il doit trouver des défis en tant qu’artiste « légitime ».»

Aujourd’hui, Roadsworth vit de son art. À l’heure actuelle, l’artiste de la rue, qui a reçu une bourse du Conseil des Arts, essaie de créer de nouvelles Å“uvres et d’explorer de nouveaux modes d’expression. Malgré tout, il est toujours possible d’admirer ses Å“uvres éparpillées un peu partout dans la métropole. Il suffit de baiser les yeux.

Roadsworth : Crossing the Line
En première mondiale
à l’Université Concordia
Vendredi à 19 h 30
En salle dès samedi 

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