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La symphonie du businessman

Marc-André Lemieux, Métro

Une fois le rideau tombé, une seule question nous trotte dans la tête : «Pourquoi n’y avait-on pas pensé avant?»

Plus de 30 ans après sa création, l’opéra-rock Starmania était finalement présenté dans sa version lyrique samedi soir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

L’habillage symphonique ne convient pas à toutes les chansons pop (parlez-en à ceux qui ont déjà entendu les titres hyper sirupeux de l’infâme quatuor vocal Il Divo).

Grâce à l’excellent travail du chef d’orchestre Simon Leclerc, celles de Starmania semblent toutes avoir été écrites pour être chantées par une horde de ténors, de barytons et de sopranos. La justesse et la finesse des arrangements du compositeur québécois donnent aux Monopolis, Ce soir on danse à Naziland, Quand on arrive en ville et autres classiques de la pop franco-québécoise une dimension insoupçonnée.

Décalage

Si les mélodies du défunt Michel Berger passent le test, on ne peut pas en dire autant des textes de Luc Plamondon. Dans la bouche de chanteurs d’opéra, les rimes du parolier semblent parfois enfantines.

Dans La chanson de Ziggy, on ne peut s’empêcher de grimacer légèrement quand on entend le ténor Pascal Charbonneau se faire aller les cordes vocales sur des trucs plutôt simplistes comme : «Tous les samedis après-midi / Pendant que les gars du quartier jouaient au football ou au hockey / Moi j’prenais des cours de ballet / C’est pour ça qu’j’avais pas d’amis.»

Il arrive toutefois que ce décalage crée un bel effet de surprise. C’est ainsi que dans Les adieux d’un sex-symbol, on rigole de bon cÅ“ur au moment où Lyne Fortin, mémorable dans le rôle de la pathétique mais néanmoins attachante Stella Spotlight, chante : «Moi ma drogue, c’est
l’alcool / Je suis d’la vieille école / Quand j’fume du hasch / Ça m’donne pas d’flash».

Grâce à une performance tragi-comique qui lui a valu des applaudissements nourris de la foule, la soprano donne à l’Å“uvre une bouffée d’air frais indispensable au retour de l’entracte.

On ne peut que s’incliner devant l’immense talent des chanteurs. Dans la peau de Marie-Jeanne, la serveuse automate, Marie-Josée Lord réussit à nous donner des frissons à chacune de ses apparitions sur scène. Sa vibrante interprétation du  Monde est stone restera dans nos mémoires encore longtemps.

Autre moment fort de la soirée, Le blues du business­man de Marc Hervieux. On l’a entendu des centaines et des centaines de fois, mais jamais de cette façon. Le ténor nous éblouit, tant par la puissance de ses cordes vocales que par la ferveur avec laquelle il donne vie au machiavélique Zéro Janvier.

Le charismatique Étienne Dupuis (Johnny Rockfort), l’envoûtante Krista de Silva (Sadia) et Raphaëlle Paquette (Cristal) tirent aussi leur épingle du jeu.

On s’en voudrait de passer sous silence l’excellent travail de Stéphane Boko qui, par ses chorégraphies inventives et dynamiques exécutées par une troupe de huit danseurs, contribue grandement à la réussite de l’entreprise.

D’une grande sobriété, la mise en scène de Michel Lemieux et de Victor Pilon participe également au succès de l’opération.

Starmania Opéra
À la Salle Wilfrid-Pelletier
Les 18, 19, 20, 21, 23, 26 et 28 mars

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