Rencontre avec le réalisateur chinois Lou Ye, qui présente "Nuits d'ivresse printanières" au Festival de Cannes
Fils d’acteurs, né en 1965 à Shanghai, Lou Ye s’est imposé en quelques films – "Suzhou River", "Une jeunesse chinoise" – comme l’un des cinéastes les plus ambitieux mais aussi controversés de sa génération. Rencontre jeudi à Cannes, sur une plage débordante d’activité.
On répète beaucoup que "Nuits d’ivresse printanières" a été tourné clandestinement. De façon concrète, ça veut dire quoi ?
On croit que j’ai tourné dans ces conditions à cause de l’interdiction de travailler pendant cinq ans dont j’ai été frappé, mais non. Je travaille toujours de cette façon là. Je suis toujours prêt à ce qu’il y ait des gens qui m’empêchent de tourner et j’étais une nouvelle fois préparé à cette éventualité. Le bureau chinois du cinéma est dans son bon droit, c’est sa décision et c’est quelque chose que je ne maîtrise pas. Si bien que j’estime être très chanceux d’avoir pu terminer mon film.
Ce film peut-il vous mettre en danger ?
Le principal risque, c’est l’interruption de tournage dont je parlais. Mais c’est un risque à prendre car filmer librement en Chine, sans se soucier d’une interruption possible, est quelque chose qui procure une joie immense.
Le thème du film n’est-il pas avant tout le désir, et la difficulté de l’assumer ?
Plus que le désir je dirais que c’est l’amour. Je me suis inspiré d’une nouvelle écrite en 1923 par Yu Dafu. A l’époque c’était un texte novateur car il mettait l’accent sur l’individu. Il me semblait que c’était un thème plus que jamais d’actualité.
La Chine actuelle se doit d’accepter des personnes qui ont des pensées différentes, des sentiments, des vies différentes. Dans le film, tous les personnages sont à la recherche d’un bonheur, de leur bonheur. On ne peut pas faire la différence entre le bon, le mauvais, l’homme, la femme. Tous ont en commun l’amour qui va au-delà des genres, au-delà de la morale. Tout peut arriver.
Comment avez-vous abordé les scènes de sexe, très réalistes ?
Nous avons beaucoup discuté avec les comédiens avant de les tourner. Ensuite, je les ai laissés oublier la caméra et devenir leurs personnages, dans ces scènes mais aussi dans la vie. Notre collaboration a été superbe car nous éprouvions une confiance et un respect mutuel.
Le film sera-t-il vu en Chine ?
Je suis un cinéaste, je ne maîtrise pas ces choses là. Mais j’espère que de plus en plus de spectateurs pourront voir mes films, en Chine comme à l’étranger.