Alex Perron: Embrasser l'étiquette
Alex Perron n’a pas peur des étiquettes.
Loin de là.
Du temps des Mecs comiques, le groupe qu’il formait avec Louis Morissette («le macho») et Jean-François Baril («le jeune»), Perron était reconnu comme «le fif» du trio. Ce titre, note l’humoriste, lui accordait une sorte d’immunité quand venait le temps de lancer les pires vacheries sur scène.
«Quand Louis faisait une blague un peu chienne, les gens poussaient des « houuuu » un peu choqués, mais quand, deux secondes après, je disais quelque chose de 20 fois plus vulgaire, ça riait! raconte-t-il en entrevue. C’est comme si les gens se disaient : « On a tellement ri des gais, on va lui donner le droit de dire ce qu’il veut »»
Nul besoin de mentionner qu’Alex Perron joue passablement la carte de son homosexualité dans son premier one man show, Un gars c’t’un gars. Le spectacle, qu’il présentera en première montréalaise la semaine prochaine au Théâtre St-Denis 2, s’ouvre d’ailleurs sur un monologue consacré aux métrosexuels, ces hommes soucieux de leur apparence qui, selon l’humoriste, sont venus brouiller les pistes entre les communautés gaies et straight.
«À cause d’eux, c’est de plus en plus difficile de se reconnaître entre nous autres!» s’exclame-t-il.
Alex Perron se réjouit de la chute des cloisons et de la plus grande ouverture de la société en général sur le milieu homosexuel. Cela ne l’empêche toutefois pas de décrier certains comportements, qu’il juge «un peu trop inclusifs», pour ne pas dire carrément bizarres.
«Il y a 10 ans, quand tu sortais dans un bar gai, des gars hétéros, il y en avait un de perdu… parce que c’était le party de fête d’un de ses amis ou parce qu’il était saoul mort et qu’il était arrivé là par hasard. Mais maintenant, nos bars sont remplis de couples hétéros! observe-t-il en riant. Je n’ai rien contre, mais du même coup, je me dis : « Mais qu’est-ce qu’ils viennent faire ici? » C’est comme si chaque semaine, je sortais au Tops de Laval! Ça me fascine beaucoup, surtout quand le gars vient te voir et te demande comment tu le trouves. C’est comme s’il recherchait ton approbation. Dans ces cas-là, j’ai toujours envie de dire : « Pourquoi tu me demandes ça à moi? Si j’étais une pitoune blonde, peut-être, mais là, qu’est-ce que ça peut bien changer au bout du compte? »»
Un «jeune vieux»
Même s’il en est à son tout premier one man show, Alex Perron n’en est pas à ses premiers pas dans le métier.
Ce diplômé de l’École nationale de l’humour est monté sur les planches à plusieurs reprises dans sa vie, que ce soit pendant ses études en théâtre à l’Université Laval ou lors de ses deux tournées avec les Mecs comiques.
N’empêche. À 38 ans, Alex Perron a l’impression d’être un «jeune vieux».
«Un gars c’t’un gars, c’est presque mon baptême de scène, souligne-t-il. Être tout seul devant une foule pendant une heure et demie, je n’avais jamais vécu ça.»
Pour traverser cette étape cruciale de sa carrière, il s’est entouré de Chantal Lamarre à la mise en scène et de Pierre Bernard à la direction artistique. Aux textes, François Camirand (Taxi 0-22), René Brisebois (Les Boys) et Martin Petin participent également au spectacle.
Outre son homosexualité, Perron y discute de son côté control freak, des années 1980 et de junk-food.
«Les gens me demandent souvent : « Est-ce que ça va être une heure et demi d’affaires de gais? » raconte-t-il. La question m’énerve un peu parce que, si c’était Patrick Huard, on ne lui demanderait pas : « Oh mon Dieu! Est-ce que ça va être une heure et demie d’affaires d’hétéros? »»
Un gars c’t’un gars
Au Théâtre St-Denis 2
Les 5, 6 et 9 octobre