Mr. Nobody: L'effet papillon
Passé, présent, futur. L’espace-temps se morcelle dans Mr. Nobody. Conscient qu’il n’en a plus pour longtemps, un vieillard revit différemment son existence, élaborant de nouveaux choix de vie. S’il était resté auprès de son père au lieu de suivre sa mère, qui sait comment son destin – et ses amours – auraient tourné.
Une prémisse ambitieuse et un tournage dans plusieurs pays (notamment au Québec, à Montréal) avec un budget lourd et une distribution de rêve (Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger). Il n’est pas surprenant de retrouver Jaco van Dormael derrière la caméra, tant son univers développé dans l’acclamé Toto le héros demeure intact.
Le cinéaste belge n’avait plus donné de nouvelles depuis Le huitième jour, en 1996, élaborant un scénario riche et fantaisiste sur la vie et la mort, mâtinant le tout d’humour, de romance et de réflexions métaphysiques. «Je suis un peu comme le gars dans une foire qui construit un labyrinthe, fait remarquer le réalisateur. Pour un spectateur étranger, cela peut être complexe et déroutant, mais moi, je le connais très bien, mon univers, je sais où je m’en vais.»
«C’est plutôt jouissif de jouer au sein de plusieurs couches, continue le créateur. Il y a une couche émotive : ce sont les histoires d’amour. Il y a une couche intellectuelle, une couche sensorielle et une couche poétique. Je voulais que ces quatre couches soient toujours là, qu’on puisse y accéder de façon simultanée.»
En tissant une telle toile d’araignée, tout en laissant un fil d’Ariane bien en évidence, Jaco van Dormael a trouvé le moyen d’exaucer le vÅ“u de son héros. «C’est un peu ce que je fais en réalisant des films, explique le principal intéressé. Je vis par procuration, j’invente des mondes, des personnages. En même temps, je suis fasciné par cette étrange expérience d’être en vie. Je ne perçois pas toujours les causes et les conséquences de ce qui m’arrive. Je ne vois pas toujours où ça va. Et probablement qu’à la fin, ça ne donnera pas plus de sens non plus…»
Et le réalisateur de poursuivre : «J’ai l’impression que c’est la question qu’on se pose tous : pourquoi on est en vie? On n’a pas de réponse à ça. Au final, toute vie vaut la peine d’être vécue et rien ne dit qu’une autre vie serait meilleure que celle que l’on a.»
Avis mitigés
Adapté d’un de ses propres courts métrages et pouvant rappeler Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Du soleil plein la tête) ou The Fountain (La Fontaine), Mr. Nobody a divisé le Vieux Continent lors de sa sortie. «Le film n’a pas du tout marché en France, mais il a très bien fonctionné en Belgique et en Russie pour des raisons que je ne pourrais pas analyser, dit le metteur en scène. Il y a des pays où ça n’accroche pas beaucoup et il y a des pays où il y a un enthousiasme énorme. C’est pourtant le même film…»