Gargantuesque Gaga!
Une chose est sûre : on ne pourra jamais reprocher à Lady Gaga de ne pas en mettre assez. Après avoir proposé à ses fans québécois un spectacle de rodage en novembre dernier, la nouvelle reine des palmarès était de retour hier dans la métropole afin d’y présenter une version améliorée de son ambitieux Monster Ball.
Gaga s’est-elle montrée à la hauteur des attentes? À en juger par l’enthousiasme débordant des 17 569 fans (dont plusieurs avaient payé leur billet jusqu’à 175 $), la question ne se pose pas. Permettez-nous toutefois d’émettre quelques réserves. Qu’on le veuille ou non, le succès de Stefani Joanne Angelina Germanotta a tout d’un phénomène. Alors qu’elle était inconnue il y a à peine deux ans, son nom est maintenant sur toutes les lèvres.
Alors que la plupart des artistes doivent attendre des années avant de remplir des arénas de la trempe du Centre Bell, la coqueluche blonde a réussi l’exploit – deux fois plutôt qu’une – avec seulement deux albums derrière la cravate (quoique dans le cas de miss Gaga, l’expression «sous sa brassière cloutée» serait plus appropriée). Un tour de force qui ne peut que soulever l’admiration.
Contrairement à ce qui s’était produit à sa dernière visite à Montréal, Gaga s’est montrée ponctuelle. Loin de faire patienter la salle pendant deux heures, elle a lancé la première note de Dancer in the Dark comme prévu, à 21 h, derrière un large voile translucide. Ce jeu d’ombres et de lumières a eu l’effet d’une bombe en ouverture, mais au bout de quelques minutes, disons qu’on avait hâte que le rideau se lève une fois pour toutes et que la principale intéressée descende de son échafaudage. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait au son de Glitter and Grease, révélant sur son passage une scène truffée d’enseignes au néon évoquant un New York
nocturne et underground.
C’est à ce moment que le concept du concert – qu’on pourrait bien qualifier de théâtre musical en quatre actes – nous a été expliqué. Pendant qu’elle fouillait dans le coffre de sa voiture, la blondinette a précisé à ses danseurs l’objectif de la soirée : se rendre, coûte que coûte, au Monster Ball. Pour ce faire, ils emprunteraient le métro, en plus de faire un détour par Central Park. On embarque!
Mais à force de toujours beurrer épais, la jeune femme se tire parfois dans le pied. Quand on la voit en bobettes, accroupie en petit bonhomme sur son banc de piano pour Brown Eyes, on a plus envie de rire que de s’émouvoir. Voilà pourquoi, à notre avis, le plus beau moment de la soirée est survenu lorsque – en toute simplicité – la chanteuse a entonné You and I, une pièce inédite qui devrait figurer sur son troisième album, dont la sortie est prévue en 2011. Un numéro improvisé mais bien senti.
Le penchant de la star pour les artifices la sert très bien sur les morceaux plus dansants de son répertoire, comme Bad Romance et Poker Face, joués en rappel. Généreuse, Lady Gaga porte à ses fans un amour véritable. Elle a beau lancer des phrases toutes faites comme «Peu importe d’où vous venez, vous pouvez être ce que vous voulez», on la sent sincère et pleine de bonnes intentions.
Si Gaga se démarque par ses costumes extravagants, on ne peut pas en dire autant de ses pas de danse, qui manquaient parfois de vigueur. Alors que dans ses clips, elle semble rivaliser avec les Madonna et les Janet Jackson de ce monde, en spectacle, on constate que son véritable talent ne réside pas dans ses déhanchements. Gaga a plutôt le don d’écrire des mélodies accrocheuses et, surtout, de les servir dans un emballage clinquant et plus grand que nature.
Son Monster Ball ne fait pas exception à cette règle. Vêtue d’un léotard mauve pour Beautiful, Dirty, Rich, elle apparaît vêtue d’un costume digne d’une sÅ“ur volante disjonctée pour Love Game, avant d’adopter le look de dominatrice sado-maso pour Telephone.