La tête en friche: Le pouvoir des mots
Les films de Jean Becker (Les enfants du marais, Effroyables jardins) nous plongent presque toujours dans une France bucolique. «J’ai plutôt tendance à montrer les choses que je connais, et j’ai pas mal vécu à la campagne, dit-il. Paris, le bruit, le tumulte, je n’aime pas tellement…». Des rencontres, des amitiés qui transcendent les âges et les classes sociales, voilà une autre caractéristique des relations de Becker. Pas étonnant, donc, que le réalisateur ait craqué pour le roman La tête en friche, de Marie-Sabine Roger, qui raconte l’histoire de Germain (interprété par Gérard Depardieu) un homme solitaire et presque analphabète, transformé par sa rencontre avec une vieille dame, Margueritte (Gisèle Casadesus) qui lui apprend les joies de la lecture avec La peste de Camus, La promesse de l’aube de Romain Gary, Le vieux qui lisait des romans d’amour de Sepulveda…
«Ce qui m’a d’abord séduit dans cette histoire, c’est le personnage de Germain, que je trouvais très attachant avec sa difficulté à vivre, à cause de son enfance difficile qui l’a poursuivi par la suite, la désaffection de sa mère, le fait que ses copains se foutent un peu de lui, énumère le cinéaste. Mais aussi en raison de tout ce qui se passe autour de cette histoire, de sa rencontre avec la vieille dame qui l’éveille à la culture, et, de quelqu’un qui avait la tête en friche, il devient plus cultivé, parce que ce n’est pas d’un manque d’intelligence qu’il souffre, simplement d’un manque d’éveil.»
Même si Gérard Depardieu est un peu plus âgé que le personnage du roman, il s’est imposé très vite comme choix pour jouer Germain. «On lui a envoyé le roman, et il m’a rappelé deux jours plus tard pour en discuter. Il m’en a parlé pendant une heure, très passionnément, et même s’il était un peu âgé pour le rôle, ça m’était égal.» Gisèle Casadesus a été elle aussi un choix incontournable pour Becker. «Comme l’autre personne qui m’était très chère, Suzanne Flon, est décédée, il allait de soi que Gisèle, avec qui j’ai déjà tourné dans Les enfants du marais, interpréterait le rôle de Margueritte.
Ces femmes sont mes deux égéries», dit-il en souriant. Jacques Villeret, un autre acteur décédé cher à Becker, aurait aussi pu jouer Germain, eût-il encore été en vie. «Mais ça aurait été autre chose, précise le cinéaste. Ce que j’aime dans le personnage de Gérard Depardieu, c’est la masse, la corpulence très imposante, à côté de la fragilité de la toute petite dame. Et cette même comparaison entre le côté physique de ce grand colosse et sa fragilité intérieure, je trouvais ça beau.»
La tête en friche
En salle dès vendredi