Fruitvale Station: anatomie d’une journée tragique
Le cinéaste Ryan Coogler parle de son premier film, Fruitvale Station.
Pour Fruitvale Station, son premier long métrage, le scénariste et réalisateur Ryan Coogler a choisi de transposer à l’écran l’histoire vraie d’Oscar Grant, jeune père de famille afro-américain d’Oakland, en Californie, qui a été tué d’une balle dans le dos par la police des transports, quelques minutes avant le Nouvel An en 2009. La fusillade, filmée à l’aide d’un téléphone cellulaire, avait provoqué des émeutes et des protestations. Coogler a voulu saisir l’occasion de partager l’histoire de Grant avec le reste du monde.
Comment avez-vous approché cette histoire afin de présenter l’histoire d’Oscar de la façon la plus exacte possible?
J’ai eu accès aux dossiers publics du procès, et c’est ce sur quoi j’ai basé la première version du scénario. J’ai tracé les grandes lignes des événements et des personnages à partir de cela. Ensuite, je suis entré en contact avec la famille. Elle m’a ouvert la porte. Ce que je souhaitais, c’était raconter l’histoire du point de vue des gens qui le connaissaient le mieux. Et cette journée fatidique, Grant l’avait passée en grande partie avec sa famille, avec sa fille, sa femme, sa mère. C’est à partir de cela que je voulais bâtir le personnage.
Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir le film avec les vraies images filmées à l’aide du téléphone cellulaire?
Au départ, j’avais la ferme intention de ne jamais montrer ces images d’archive dans le film, mais on a fini par en discuter avec mon équipe de montage. J’avais beaucoup d’appréhension à l’idée de les inclure, et j’ai fini par me rendre compte que c’était parce que, personnellement, je n’en avais pas besoin. Je viens de Bay Area, alors j’ai vu et revu ces images tant de fois que je n’avais plus besoin de les voir. Mais mes monteurs me disaient qu’ils ne connaissaient pas vraiment l’histoire avant de commencer à travailler sur ce projet, et ils trouvaient important que les spectateurs puissent voir de leurs propres yeux ce qui était arrivé. Et une fois qu’on a inclus les images, j’ai constaté qu’elles fonctionnaient avec plusieurs thèmes qu’on abordait dans le film, entre autres celui de la proximité qui change le point de vue.
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Il est intéressant de voir que toutes les décisions qui ont mené Oscar à se retrouver dans cette station de métro ont été prises par son entourage.
C’est quelque chose qui est ressorti en parlant à sa famille quand je faisais mes recherches, parce que chacun d’entre eux se sent responsable du fait qu’Oscar se soit retrouvé dans ce train, dans cette situation. Sa mère, Wanda, m’a raconté qu’elle lui avait recommandé de prendre le métro plutôt que de conduire, Sofina disait qu’Oscar ne voulait même pas sortir ce soir-là. Il voulait rester à la maison, ne se sentait pas vraiment dans l’état d’esprit pour ça, et c’est elle qui l’a poussé à sortir.
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Voyager par le cinéma
Vu le succès de Fruitvale Station dans le circuit des festivals, le cinéaste Ryan Coogler a pu voir le monde grâce à son travail, alors que c’était auparavant grâce au travail des autres. «La première fois que je suis sorti du pays, c’était pour un festival de films, quand j’avais 21 ans, explique-t-il. J’utilisais le cinéma comme une façon de voyager et de vivre des expériences que je n’aurais jamais pu vivre autrement.»
Le fait d’avoir vu le monde a aidé Coogler à former sa vision de l’humanité – pour le meilleur, à son avis. «J’ai trouvé que j’avais beaucoup en commun avec les gens en Roumanie et en France, raconte-t-il. J’ai constaté qu’être un être humain, c’est être un être humain, peu importe où on est et ce dont on a l’air. Nous avons tous tant en commun, et cette vision des choses a souvent suscité de l’empathie de mon côté. Je pense que le fait de raconter des histoires au grand écran a ce pouvoir incroyable.»
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Fruitvale Station
En salle dès le 2 août