Le Théâtre du Nouveau Monde digère mal la «censure de l’argent»
La directrice générale du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), Lorraine Pintal, a annoncé jeudi toute une gamme de moyens de pression servant à protester contre les coupures de 66 000$ par année qui lui ont été desservies par le Conseil des arts du Canada (CAC). «Il y avait un nuage au-dessus de notre tête, et ce nuage a éclaté cet été, a clamé Mme Pintal, en point de presse. Ce sont des coupures de 264 000$ sur les prochaines quatre années, alors que la saison 2013-2014 est déjà programmée, planifiée et que les contrats sont signés. C’est une gestion impossible».
Mis à part la création d’un blogue intitulé «Aujourd’hui, c’est la censure de l’argent qui domine», le TNM compte réserver deux sièges à toutes les premières de la saison à venir pour la ministre canadienne du Patrimoine, Shelly Glover. Son absence, si elle persiste, sera annoncée avant le début de chaque pièce. De concert avec d’autres acteurs du milieu théâtral, le TNM compte aussi présenter des pièces thématiques sur la Colline du parlement, à Ottawa.
Pour Dominique Leduc, présidente du Conseil québécois du théâtre, le problème en est autant un d’image. «En bout de ligne, on voit que les coupures que les compagnies de théâtre subissent affectent directement les créateurs. Le salaire moyen chez les artistes a baissé de 15% dans les dernières années, lance-t-elle au téléphone. Les gens s’imaginent que les artistes sont riches et célèbres, mais moins de 4% d’entre eux ont un niveau de vie supérieur à la moyenne».
Elle déplore aussi le fait que les artistes eux-mêmes soient contraints de faire des «choix difficiles», puisque, au CAC, ce sont souvent des comités de pairs qui évaluent les demandes de subvention pour les projets. Alors que les budgets font défaut, affirme-t-elle, les artistes sont souvent «pris entre l’arbre et l’écorce».
Si Mme Pintal voit une «censure» dans les coupures du gouvernement dans la culture, c’est que le manque de ressources limiterait les possibilités artistiques pour les théâtres. «C’est la première fois depuis 21 ans [à la tête du TNM] que je sens la fragilité du théâtre au Québec, s’inquiète-t-elle. Le mur que je voyais se profiler au loin quand l’état a décidé de se désengager, eh bien, là, il arrive, il est là, on l’a à deux pouces du nez».
Le Théâtre du Rideau Vert (TRV) a aussi dénoncé les coupures du CAC, jeudi soir dans un communiqué. «Le gel des budgets du Conseil des arts du Canada fait mal aux compagnies théâtrales. La perte, il y a quelques années, de la totalité de notre subvention au fonctionnement a été très difficile à gérer. C’est une honte que le Conseil des arts Canada ait mis en péril le plus vieux théâtre francophone et professionnel au Canada. Sans la solidarité des artistes, de son grand partenaire Québecor et du milieu montréalais, il n’est pas certain que le TRV aurait pu réussir à survivre», s’insurge Céline Marcotte, directrice générale du TRV, dans le communiqué.
Le TRV n’a plus aucune subvention au fonctionnement du Conseil des arts depuis 2009.