Kim Churchill: Surfer sur la vague de l’honnêteté
Le folkman australien Kim Churchill lance un troisième album de ballades acoustiques nourries de longs voyages.
Jeune folkman nomade au look décoiffé et à la parole facile, l’Australien Kim Churchill peut se féliciter d’avoir entrepris une carrière prometteuse à la suite de sa victoire à un concours pour musiciens ambulants («buskers») au Bluesfest de Byron Bay en 2009. Ce n’est d’ailleurs pas le fruit du hasard si Churchill s’est rendu dans cette petite ville côtière australienne – un lieu de rendez-vous incontournable pour les surfeurs aguerris de la planète –, le musicien faisant lui-même partie des adeptes des grosses vagues.
Ce qui est davantage incongru, c’est que la carrière de cet Australien, qui truffe ses interventions de «yeah, mate» bien sentis, ait pris son envol lors d’une prestation… au Festival de la poutine, à Drummondville. Un représentant du label montréalais Indica qui était sur place lui a fait signer un contrat sur-le-champ. «Pour moi, ce fut le début d’un superbe rapport avec le Québec, souligne Churchill, de passage à Montréal dans le cadre d’une tournée de plus de 20 spectacles dans toute la province. J’ai 23 ans maintenant, ça fait plus de trois ans et demi que je viens ici, et je peux dire que le Québec a joué un rôle déterminant dans mon processus de maturation.»
À l’entendre raconter la tranche de vie all dressed qui l’a mené jusqu’ici – des années passées à entonner Hallelujah pour de nouveaux mariés, à ne plus compter les heures consacrées à gratter sa guitare dans les marchés fermiers, à parcourir l’Australie dans une camionnette où instruments et planche de surf se côtoyaient –, il n’est pas surprenant que Churchill se nourrisse de ce bagage d’expériences au moment de l’écriture. «En voyageant constamment, tu deviens hypersensible, car tu ne sais jamais ce qui s’en vient. Tu peux puiser dans ce trop-plein d’émotions pour l’écriture. C’est Jack White qui disait que parfois, en tant qu’artiste, tu dois créer ta propre lutte.»
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Pour Churchill, dont le troisième album studio, Silence Win, sera lancé le 1er avril, la lutte principale a toujours eu un rapport avec les grands auteurs-compositeurs qu’il admire: Dylan, Cohen, Nick Drake et Neil Young. Ayant passé sa jeunesse à calquer les caprices vocaux de l’un ou l’ambiguïté lyrique de l’autre, il a finalement décidé de se livrer sans artifice. «Je me suis rendu compte que je ne serais jamais Dylan; j’étais trop introverti, les gens ne comprenaient rien de mes divagations étranges. C’était vraiment libérateur de finalement partager ce que je suis réellement: un gars honnête, aux émotions à fleur de peau.»
L’autre combat qu’il livre depuis ses toutes premières prestations? Défier le stéréotype tenace du «surfeur troubadour» popularisé par les Jack Johnson et autres Xavier Rudd. Bien que nos radios commerciales ne croulent pas sous le poids de ballades roots-blues acoustiques imprégnées de sable blanc et de bruits de vagues, Churchill a longtemps voulu s’affranchir de cette étiquette, quelque peu méprisée dans son pays natal. Jusqu’à ce qu’il décide, comme ce fut le cas avec l’écriture, de ne plus projeter une certaine image idéalisée pour s’assumer en tant qu’artiste. «Je suis d’abord un mélomane qui pose un regard un peu cynique sur la musique, comme c’est le cas pour tout amateur de musique qui vieillit, et cette surcharge de “folk surf” me coupait complètement l’appétit – je ne voulais pas qu’on me range dans cette catégorie. Mais j’ai finalement décidé de ne plus me soucier de mon image pour rester dans l’honnêteté, que je livre sur scène chaque soir. Depuis, on peut dire que je dors beaucoup mieux!»
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Silence Win, de Kim Churchill
En magasin dès mardi