Série noire aux Gémeaux: une télévision, deux solitudes
Les nominations pour les prix Gémeaux ont été dévoilées cette semaine et, sans surprise, il y a un clivage imposant entre ce qui est populaire et ce qui sera primé par l’industrie.
L’exemple le plus probant de cette incompréhensible réalité: Série noire a récolté 16 nominations pour sa première saison. L’émission Les jeunes loups, présentée en compétition directe et récoltant plus du triple de la cote d’écoute, a été complètement ignorée avec aucune nomination.
Pour les sportifs, on parle d’un score de 16-0 favorisant Série noire après la dégelée au niveau de l’auditoire.
Vengeance ou symptôme d’une télé malade?
Vite comme ça, c’est possiblement une douce revanche pour la bande derrière Série noire qui ne sait pas encore si une deuxième saison sera commandée (du moins, selon ce que l’on sait). L’accolade critique, même si elle ne renfloue pas les coffres, offre toujours un baume sur l’estime des créateurs.
Parlez-en aux nominés des Jutra qui ne font pas plus leurs frais au box-office, mais qui ont tout de même une haute estime artistique.
À long terme, un Gémeaux ne mets pas du beurre sur les rôtis. Réjean Tremblay peut donc dormir en paix et se consoler avec ses monstrueuses cotes d’écoute.
Donc, est-ce que notre télé est malade? Est-ce que les productions de qualité comme Série noire ou 19-2 sont et seront condamnées à obtenir des succès critiques seulement et des saisons espacées au possible sous la menace constante d’un financement insuffisant?
Notre télé, comme notre cinéma, ne peut pas se permettre d’exclure une portion de l’auditoire. Contrairement à nos voisins du sud, il n’y a pas de niche suffisamment grande au Québec permettant aux petites productions d’être autosuffisantes avec un auditoire trié sur le volet.
Si ça ne plaît pas à tout le monde, ça ne survit pas sur les ondes.
Ceci explique malheureusement le manque de saveurs sur nos ondes et l’abus de beige dans les intrigues, les dialogues et les choix de situations.
Unité 9, ça pogne surtout parce que la couleur des murs ne dérange personne.
Notre télé est pastel et ce n’est pas à veille de changer.
Reste le web pour brasser marginalement la cage et, en attendant, la reconnaissance de la critique à défaut d’une pérennité financière.
C’est triste tout de même, mais félicitations à Série noire.